Un fâcheux plébiscite pour le yen

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La hausse du yen n'est plus un problème de riche. Dimanche, au terme d'une réunion de quatre heures, le Premier ministre japonais, Yukio Hatoyama, a ordonné à son gouvernement de proposer des solutions afin d'enrayer la hausse du yen. «?C'est important de voir comment les marchés réagiront lundi. Nous devons prendre les mesures appropriées?», a-t-il indiqué au cours de cette réunion. Jusqu'à vendredi, pourtant les responsables monétaires japonais faisaient preuve d'une apparente sérénité face à l'envolée de leur monnaie. Le ministère des Finances comme la banque centrale semblaient inhabituellement zen dans un pays où la tradition des interventions sur le marché des changes est la mieux ancrée. Mais le retour brutal de l'aversion au risque provoqué par la menace de faillite de l'émirat de Dubaï a changé la donne. Car il a restauré au yen le statut de valeur refuge la plus solide qu'il avait partagé avec le dollar jusqu'à la fin de l'hiver dernier. Résultat : le billet vert a plongé à son plus bas niveau depuis quatorze ans face à la monnaie de l'archipel, enfonçant même momentanément le seuil de 85 yens, pour tomber jusqu'à 84,85.Les autorités nipponnes attendront vraisemblablement de voir si l'effet Dubaï se dilue avant de passer à l'action, mais les prises de position de la veille du week-end ont été à la hauteur de l'enjeu que fait peser une monnaie bondissante sur une économie convalescente, menacée de déflation et dont les finances publiques sont extrêmement dégradées. D'autant qu'à l'affaiblissement du dollar face au yen s'ajoute pour le Japon une dévalorisation de même ampleur du yuan qui lui est lié, provoquant un double choc de compétitivité pour le Japon. Les États-Unis et la Chine sont ses deux débouchés majeurs à l'exportation, le seul moteur non grippé de son économie. D'autant que, comme le souligne Barclays Capital, les acteurs du marché des changes utilisent le yen comme un substitut au yuan, sur lequel s'exercent les plus fortes pressions internationales en vue d'une réévaluation. Ce qui ne pouvait durablement laisser les responsables japonais indifférents.action concertéeC'est ainsi que le ministre des Finances, Hirohisa Fujii, a déclaré vendredi que si la situation perdurait, il prendrait contact avec ses homologues européens et américains en vue d'une action concertée sur le marché des changes. Le haut responsable a même évoqué la possibilité d'un communiqué commun du G7 sur les changes afin de tempérer la hausse du yen, comme cela avait été le cas en octobre 2008, lorsque la monnaie de l'archipel avait recommencé à s'envoler. Dans l'immédiat, le retour de la Banque du Japon sur le marché, via des interventions de change dont elle n'est plus coutumière depuis mars 2004, n'est plus à exclure, car le yen se rapproche à grands pas de son record historique pulvérisé en avril 1995, à 79,75 pour 1 dollar. Un souvenir douloureux, au beau milieu de la décennie perdue.

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