À Bhopal, le désastre continue vingt-cinq ans après

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Personne ne nous a aidés. » Dans la minuscule maison qui héberge la famille Irshad avec ses sept enfants, Fahmida, la mère, en a gros sur le c?ur. Elle, son mari et sa fille Suhaila, née cinq jours après la tragédie du 3 décembre 1984 qui a fait plus de 3.000 morts sur le moment même, sont hors d'état de travailler. Entre les promesses non tenues des autorités et des indemnités dérisoires rongées par les « commissions » qu'il a fallu verser, la famille survit grâce au travail de broderie effectué par les filles. Pour ce foyer des quartiers populaires près de l'usine, la tragédie de Bhopal s'écrit au présent.L'usine, à peine touchée depuis l'accident, domine toujours les environs, avec ses tours métalliques rouillées, ses structures éventrées envahies de végétation, son terrain en friche dont le sous-sol renferme, selon les activistes, de grandes quantités de déchets qui continuent à contaminer les nappes phréatiques.Un quart de siècle après, « la situation a empir頻, affirme Rachna Dhingra Sarangi, qui dirige avec son époux Satyu la clinique Sambhavna. Créé notamment par Dominique Lapierre, cet établissement délivre des soins gratuits aux populations affectées. Explication donnée par Rachna : d'une part une nouvelle génération d'enfants, nés de parents affectés, est frappée par le désastre ; d'autre part, la population des environs de l'usine est contaminée par l'eau polluée. Globalement, estime-t-elle, la catastrophe a fait sur vingt-cinq ans « 25.000 morts et 100.000 malades chroniques ». Conclusion : « Dow Chemical doit payer. »Le grand groupe chimique américain a en effet racheté Union Carbide en 1999. Mais il refuse d'endosser la responsabilité des événements de 1984. Dès 1989, d'ailleurs, dans le cadre d'un accord avec le gouvernement de New Delhi, Union Carbide a versé 470 millions de dollars pour régler l'affaire. « Dow n'a jamais possédé ou opéré l'usine » de Bhopal, souligne le porte-parole Tomm Sprick, si quelque chose doit être fait, « c'est clairement du ressort de l'État du Madhya Pradesh, qui possède et contrôle aujourd'hui le site ».cynismeJustement, répond Balulal Gaur, ministre de la Réhabilitation de la tragédie du gaz de Bhopal dans le gouvernement du Madhya Pradesh, dont Bhopal est la capitale, il n'y a plus « aucun problème ». « Grâce à Dieu, se félicite-t-il, depuis vingt-cinq ans les pluies ont tout lavé? » Et si les habitants se plaignent de leur santé, ma foi, « en démocratie, les gens ont le droit de pleurer? »Aujourd'hui, des procédures judiciaires multiples sont en cours, sur l'avenir du site ou l'octroi d'indemnisations supplémentaires. « Il est clair que la question des responsabilités reste posée, affirme Chandra Bhushan, directeur associé du Centre for Science and Environment de New Delhi, l'accord de 1989 ne traitait que des victimes d'alors, et non des dégâts environnementaux, ni des victimes apparues depuis. » Selon l'expert, les leçons du désastre n'ont été que partiellement tirées. L'Inde a mis en place des institutions environnementales, mais « elles sont faibles », déplore-t-il. Et si l'industrie chimique a fait de vrais efforts de prévention contre les catastrophes, « elle prend beaucoup moins de précautions contre la petite pollution ordinaire » dont les effets cumulés sont également dommageables.

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