« Prrrrrrrr. » Un père de famille recrache du sable, alors que son chapeau est déjà dix pas derrière lui. Le vent s'est levé, et tout voltige sur Sikinos. Rien à voir avec les rafales qui rendent les 250 habitants de cette île des Cyclades sourds l'hiver mais au moins « on respire », ce qui est rare pour un mois de juillet. Un serveur conseille à un couple venu chercher un café frappé d'en profiter pour aller se promener. Le sentier de randonnée commence au bout de l'impasse, juste après une énième villa blanche aux volets bleus. « N'oubliez pas de prendre de l'eau, il y a déjà eu des problèmes... » Le garçon en sait quelque chose. Il y a un an, les deux Françaises sont passées devant ce même troquet, le seul du port d'où arrivent les ferries, avant de disparaître sous un soleil de plomb.
Françoise Boutteaux et Marie-Pierre Arfel, c'est leur nom, ne se connaissaient pas et, ensemble, se sont évanouies dans la nature le 12 juin 2024, en pleine canicule. Un accident de marche ? Une disparition volontaire ? D'elles, on n'a retrouvé ni traces ni corps. Après deux mois d'enquête, un an de doutes et de théories fumeuses, des centaines de volontaires venus fouiller les chapelles blanches et les bosquets de thym violacé de Sikinos, leur famille espère désormais que l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), le pôle cold case de Nanterre, relancera bientôt les recherches. Et résoudra peut-être ce qui demeure, vu de France, comme le plus grand mystère des Cyclades.