Natixis évince le patron de Coface

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Jérôme Cazes a été démis de ses fonctions à la suite de profonds désaccords. Il est remplacé par Jean-Marc Pillu, ancien patron d'Euler Hermes.

Coup de tonnerre chez Coface. Jérôme Cazes, son directeur général depuis onze ans, a été démis de ses fonctions vendredi par son actionnaire, la banque Natixis. Il sera remplacé par Jean-Marc Pillu, jusqu'ici directeur financier du groupe de prévoyance Mornay et ancien patron d'Euler Hermes, l'autre grand assureur-crédit français. Cette annonce surprise cache en réalité de longs désaccords.

Natixis justifie sobrement sa décision par des « divergences stratégiques ». Mais le malaise était plus profond. Certes, la banque dirigée par Laurent Mignon n'approuvait pas les choix de sa filiale. Coface s'est d'abord lancé il y a plus d'un an dans le métier de la notation d'entreprises contre l'avis de son actionnaire. Surtout, Jérôme Cazes insistait depuis de longs mois sur le fait d'accentuer son expansion dans le métier d'affacturage. Un métier peu rentable, voire déficitaire si l'on tient compte du coût de son financement. Natixis assurait ce dernier à un prix de marché grâce à sa notation et à celle de son actionnaire BPCE. Mais Coface devrait payer ce refinancement plus cher s'il était indépendant. Tout le problème est là puisque Natixis doit se séparer de Coface. Il est prévu que l'assureur-crédit soit introduit en Bourse au printemps 2011.

Du désaccord au conflit

Face au refus de Natixis de développer ces deux métiers, Jérôme Cazes continuait dans sa voie. Il prenait souvent des décisions sans l'aval de son actionnaire. Et c'est là que le désaccord s'est transformé en conflit. Jérôme Cazes incarnait Coface dont il était le patron depuis 1999 et présent dans l'entreprise depuis plus de vingt ans. Il jouissait d'une indépendance totale, dont le patron de Natixis se plaignait en privé.

Evincer un patron pour excès d'indépendance alors que sa société doit prendre son envol reste contradictoire. Mais le moment est surtout mal venu. Natixis aurait pu changer le patron de Coface il y a un an. Désormais, l'assureur-crédit doit s'introduire en Bourse et l'expérience de Jérôme Cazes plaisait aux marchés qui l'ont déjà connu lorsque Coface était coté entre 1999 et 2002. Son remplaçant, Jean-Marc Pillu, aura au moins la confiance de Laurent Mignon dont il est proche. Il était patron d'Euler Hermes entre 2000 et 2007 lorsque le directeur général de Natixis était directeur financier puis directeur général d'AGF, son actionnaire. Les deux hommes avaient quitté le groupe en même temps, en mai 2007.

BPCE rembourse encore un peu plus les emprunts d'état

Le groupe BPCE a remboursé 700 millions d'euros de dettes hybrides à l'Etat français. De son côté, sa filiale Natixis a remboursé 1,35 milliard d'euros de dette hybride à son actionnaire BPCE. Ce montant a permis à BPCE de rendre les 700 millions d'euros à l'Etat. Pendant la crise financière, le prêt à BPCE avait été directement transféré à Natixis. Le groupe dirigé par François Pérol ne doit plus désormais rembourser que 2,2 milliards d'euros de dette hybride sur les 7,1 milliards prêtés par l'Etat français ainsi que 1,2 milliard d'euros d'actions de préférences souscrites par l'Etat. Une fois ces opérations terminées, le ratio de solvabilité de BPCE diminuera légèrement, pour passer de 9,8 % à 9,6 %. Le solde de titres dits « super subordonnés » devrait être « remboursé ou refinancé d'ici à fin 2012 » a indiqué le groupe BPCE dans un communiqué.

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