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« Le CCN sera une maison, pour pouvoir inviter comme j’invite chez moi »

Idelette Fritsch

Publié le 18 mars 2015 à 15:57 - Mis à jour le 18 mars 2015 à 16:23

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Succédant à Mathilde Monnier, Christian Rizzo, le nouveau directeur du Centre chorégraphique national de Montpellier, se veut un « hôte créatif » ouvrant grandes les fenêtres et la porte de cette maison réputée. Entretien, à quelques jours de la présentation de sa pièce à succès "D'Après une histoire vraie", dans le cadre de la saison Montpellier Danse 2014-15.

Après une vie nomade entre Lille et Roubaix, vous posez vos valises à Montpellier. Quel sens cela a pour vous ?

Depuis hier, j'ai enfin les clefs de mon appartement ! Je vais pouvoir me rassembler, cuisiner et inviter. Il en va de ma vie privée comme de mon arrivée au sein de l'entité CCN : il devenait nécessaire de passer à un poste de direction, depuis quelques temps je cherchais une maison, pour pouvoir inviter comme j'invite chez moi. Mon projet d' « Association fragile », très large, alliant création, transmission, prospective, travail plastique bien au-delà des seules créations Christian Rizzo, pouvait ressembler à de la dispersion. La seule chose que je n'avais pas, c'était un lieu unique pour les centraliser. C'est un peu aujourd'hui comme si je constituais ma propre bibliothèque pour rassembler mon histoire et la partager.

Vous arrivez à la suite de Dominique Bagouet et Mathilde Monnier... Comment vous insérez-vous dans cette histoire ?

J'ai très peu connu le travail de Dominique Bagouet, mais j'ai commencé ma carrière avec Mathilde Monnier, comme interprète de ses créations en 91. Par la suite je suis souvent venu à Montpellier en tant qu'artiste invité : en 2012 pour ma création « Le bénéfice du doute » au théâtre de la Vignette, au CCN où j'ai participé à deux Domaines en 2002 et 2011, et en 2007 pour présenter ma pièce « b.C., janvier 1545, fontainebleau » dans le cadre du festival Montpellier Danse. Le CCN est un outil en marche fantastique, mais quand une histoire a été longue, cela prend du temps : la saison est déjà en place, il faudra établir quel artiste va traverser ce lieu en 2015-2016.

Quel type de direction envisagez-vous pour le CCN ?

J'ai toujours considéré que si j'arrive à dire « je », c'est grâce à d'autres. Il y a ici de belles fondations que je vais conserver, comme le volet formation mis en place par Mathilde Monnier, les échanges avec des artistes invités, etc. Je ne viens pas prendre une direction, je viens la partager : mettre en partage mes acquis, mes prospectives mais aussi mes doutes... C'est très joyeux d'être dans la question du partage, dans une forme de dialogue permanent entre les pratiques, les lieux, les mouvements.

« Académie expérimentale » et « caravansérail » sont les deux termes de votre projet. Qu'en est-il exactement ?

Le projet lui-même s'appelle « ici ». Avant d'être un projet de pratique, c'est un projet de territoire, une entité mouvante qui va rassembler l'énergie ici. Je l'ai découpé en deux entités : un lieu de production des savoirs (l'académie expérimentale)          pour le volet enseignement, formation, etc. Et un lieu de partage des savoirs (le caravansérail), qui va s'enrichir de collaborations avec les Ursulines notamment, avec la venue d'artistes associés. Le partage est au centre, c'est ma ligne de vie. Je viens d'un milieu modeste, je me suis inventé grâce au service public, à moi de rendre la pareille à mon tour en ouvrant au maximum ce lieu à tous.

Et comment rendre la danse contemporaine accessible à tous ?

Ce dont je me méfie, ce sont les discours qui à un moment donné sont venus s'insérer entre les œuvres et le public. À mon sens rien n'est inaccessible. C'est génial qu'il y ait des lieux de partage comme le CCN où l'on peut venir, découvrir, ne pas être d'accord. Le lieu de la démocratie absolue. L'autre n'est pas un Alien, observons plutôt ce que nous avons en commun et pas ce qui fait notre différence.  Vous évoquez un CCN 2.0, acteur du monde numérique... Mon propos a été mal interprété. Pour moi le 2.0, c'est un nouvel épisode pour ce lieu. En revanche la question du numérique est centrale, pas l'outil (on vit déjà dans l'ère numérique), mais comment penser cet espace virtuel comme un véritable territoire de création : comment être ici et en même temps à Montréal ou à Mende. J'ai très envie aussi de monter une plateforme ressources, de partage des processus de création en open source. Pour que la création rebondisse, rayonne.

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Votre pièce, « D'après une histoire vraie » fêtera en juin sa centième représentation. Comment accueillez-vous ce succès ?

Je cours dans tous les sens, j'ai du prendre une assistante pour prendre le relais sur la direction de tournée. Mais je suis très heureux : ce projet qui va vers la joie a fait résonner une attente chez le public. Ça tient au contenu même de la pièce : c'est un groupe d'hommes qui tente d'aller vers la communauté (représenté par une danse collégiale prenant appui sur des souvenirs de pratiques folkloriques qui viennent frictionner avec des pas de danse contemporaine, NDLR) et cela passe par la joie, l'immédiateté de l'autre. Ce dialogue est finalement ce que j'ai toujours recherché. C'est une création très proche de ce que j'ai envie d'instaurer ici.  Et que voulez-vous instaurer ?Nous tous, nous sommes construits d'une double histoire d'auteur et d'anonyme. Pour la danse il y a Nijinski, Pina Bausch, etc., et à côté, des pratiques anonymes de danse (la salsa, le rock, les danses traditionnelles, etc.). Je réfléchis beaucoup à ce croisement de double histoire, la porosité entre les pratiques, avec la volonté de redonner des noms à l'anonymat.

"D'Après une histoire vraie" est programmé les vendredi 20 mars et samedi 21 mars au théâtre Jean-Claude Carrière dans le cadre de la saison 2014-2015 de Montpellier Danse. Toutes les infos sur le site www.montpellierdanse.com

Idelette Fritsch

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