Alors que la ministre de la Culture Rachida Dati a lancé, en janvier dernier, le Printemps de la ruralité, concertation visant à « désenclaver la culture », une étude inédite, initiée et coordonnée par France Festivals, apporte un éclairage concret sur la capacité des festivals ruraux à participer au développement des territoires. Réalisée par des chercheurs, l’étude bouscule nombre d’idées reçues, et démontre que les festivals des champs peuvent parfaitement rivaliser - en ambition artistique, en impact économique ou en portée sociale - avec de grands événements urbains.Le ministère de la Culture a lancé, le 6 février dernier, une grande concertation nationale sur la vie culturelle en milieu rural qui a pris la forme d'une consultation en ligne. Objectif affiché de Rachida Dati, ministre de la Culture : « développer l'accès à la culture pour tous les habitants des territoires ruraux ». Les Assises de la culture en milieu rural, annoncées en janvier dernier, doivent se tenir le 19 avril et permettre de « définir la feuille de route visant à renforcer la place de la culture au cœur des territoires ».
C'est dans ce contexte que France Festival, réseau rassemblant près de 100 festivals de musique et du spectacle vivant en France, publie "SoFest ! ", une vaste étude portant sur les festivals ruraux. Menés pendant plusieurs mois par une équipe de chercheurs (Emmanuel Négrier, Julien Audemard, Edwige Milery et Aurélien Djakouane), ces travaux vont permettre d'approfondir la connaissance de la structuration et de la diffusion culturelles en milieu rural, de ses acteurs et de ses enjeux.
« La trace du tropisme urbain »
« Les festivals en ruralité représentent le premier diffuseur de culture en France et l'un des phénomènes culturels les plus dynamiques de ces dernières décennies,synthétise Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS et directeur du Cepel (Centre d'Etudes Politiques et Sociales) à Montpellier. Un tiers des 7.300 festivals se déroulent d'ailleurs dans des espaces ruraux. Néanmoins, beaucoup d'idées reçues persistent, réduisant la culture en milieu rural à des événements à l'ancienne, des fêtes de village organisées par et pour des amateurs, plutôt âgés, dans un désert culturel relatif dont les besoins sont spécifiques. Ces clichés portent en eux la trace du tropisme urbain. »
Alors que la vingtaine de festivals renommés en France (Avignon, les Francofolies, les Vieilles Charrues,...) ne représente que 3% de l'offre, le focus sur la ruralité permet de rééquilibrer la focale et de sortir des lieux communs. Motivations, sociologie, écosystème, public... "SoFest ! " montre une toute autre réalité.
Si certaines régions pâtissent d'une inégalité territoriale en termes de festivals rurals - c'est le cas de la Normandie, du Grand Est et des Hauts de France -, d'autres sont plus attractives comme la région PACA ou la Martinique, deux régions pourtant fortement urbanisées. En Occitanie, où 43% de la population vivent dans le rural, l'offre festivalière est bien manifeste avec quatre festivals sur dix organisés en milieu rural. Si la cartographie de l'étude "SoFest ! " souligne la persistance d'inégalités, elle dit aussi l'attrait des festivals ruraux pour les urbains et l'importance de « souligner les liens qui relient ces territoires ».