ENTRETIEN - La crise du Covid-19 a révélé le poids économique de la culture en France : 46,1 milliards d’euros de valeur ajoutée pour l'ensemble des branches culturelles en 2020, soit 2,2% du PIB selon les chiffres du ministère de la Culture. Pourtant, la colère gronde. Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), qui représente plus de 450 structures dont nombre de centres dramatique et centres chorégraphiques nationaux, mais aussi scènes nationales et conventionnées en...LA TRIBUNE - Pourquoi avoir choisi de mettre en ligne cette pétition intitulée "N'éteignez pas les lumières sur le spectacle vivant !" ?
Nicolas DUBOURG, président du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) - Il y a une une angoisse qui commence à s'amplifier. Nous sommes au mois de mars, les entreprise du secteur public culturel s'inquiètent du fait que le bouclage des budgets 2023 se fera sans doute avec de gros déficits. Dans ce contexte, nous sommes plus qu'inquiets pour 2024. Les directions de théâtres commencent à envisager des réductions d'activité, des baisses de production, voire des saisons allégées. Un processus qui risque de s'amplifier si on ne fait rien. Nous avons déjà alerté les pouvoirs publics à de nombreuses reprises, nous ne sommes pas entendus, nous montons le ton.
Dans la pétition, vous faites « le constat amer du désengagement flagrant de l'État et de certaines collectivités territoriales »...
Depuis près de vingt ans, les budgets n'ont jamais été revalorisés, y compris celui du ministère de la Culture. Et pourtant l'inflation existe. Quand c'est une inflation à 1%, les entreprises du secteur culturel s'adaptent. Au sortir des années 2000, période à laquelle ces dernières étaient en bonne situation financière, elles ont pu assumer année après année une stagnation des budgets. Mais au bout de vingt ans de stagnation, entre choc de la crise du Covid-19 et inflation, elles sont maintenant au bord de la rupture.
Comment expliquez-vous que rien ne bouge ?
Nous notons un désintérêt politique depuis une vingtaine d'années qui se traduit par le fait de nous dire : « on maintient le budget ». Mais maintenir le budget, en termes économiques, cela signifie le baisser, l'inflation n'étant jamais à 0%. C'est juste une autre manière de dire « On se désengage » ! Cela peut être une logique budgétaire qui demande de faire un effort pendant un ou deux ans. Mais le désengagement dure depuis vingt ans : cela s'appelle une politique de déconstruction. Maintenir le budget consisterait à l'augmenter de 1 à 2% par an. Et aujourd'hui, à l'augmenter de 10%. Nous sommes vraiment face à un double discours.