Art Senufo : le musée Fabre dans les pas du Quai Branly
Idelette Fritsch
Idelette Fritsch
Quelle différence entre « Les Demoiselles d'Avignon » de Pablo Picasso (1907) et un masque africain du XIXe siècle sculpté par un anonyme au fin fond de l'Afrique Subsaharienne ? L'un ne va pas sans l'autre, le maître de Malaga - au même titre que Man Ray, Fernand Léger, André Derain, etc. - ayant été profondément influencé par cette tradition artistique d'Afrique Occidentale dont les productions furent longtemps considérées comme « objets ethnographiques », avant d'être réhabilitées dans les années 1930 pour devenir « grands objets de l'art ».
Cette influence, identifiée plus tard par l'historien d'art moderne américain Robert Coldwater - qui reconnaît l'inspiration Senufo sur les célèbres "Demoiselles d'Avignon" - aboutira à une première exposition monographique dédiée à l'art Senufo, en 1963 au Museum of Primitive Art de New York. Puis plus rien, les derniers événements dévolus aux arts associés aux Senufo remontant à un quart de siècle (1988 à Zurich et 1990 à Berlin)... jusqu'à cette exposition internationale, du 28 novembre au 6 mars 2016 au musée Fabre de Montpellier.
C'est donc un pari de son directeur et conservateur en chef Michel Hilaire, qui souhaite ainsi asseoir la notoriété internationale de Montpellier « devant le succès jamais démenti du quai Branly. Le musée Fabre, compte-tenu de son aura internationale, avait la maturité nécessaire pour programmer une telle exposition ».
Masques, statues, objets, photographies, etc. Ce sont 160 objets, la plupart datés des XIXe et XXe siècles, qui offrent une plongée dans l'art Senufo (ou Sénoufo) figurant actuellement « l'un des arts les plus cotés et les plus convoités sur le marché de l'art contemporain », selon Constantin Petridis, qui cite en exemple un nouveau record (12 M€) battu pour une pièce acquise en 2014 lors d'une vente à New York.
Grandeur et décadence d'un art primitif resté en marge des courants artistiques, dont la beauté stylisée est le plus souvent « tombée en des mains privées », ce qui explique l'éclectisme du fonds ici présenté, issu d'une constellation de collections privées et publiques : comme ce masque Heaume provenant de la collection particulière de Guy Laliberté, le fondateur du cirque du Soleil, ou cette autre pièce propriété de Pierre Matisse, le fils du peintre...
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Idelette Fritsch
Ces nouveaux coups durs qui affectent le milieu culturel dans l'Hérault
Festivals en milieu rural : une étude démontre comment ils pèsent (lourd) dans le paysage culturel français
« Dans les industries culturelles et créatives en Occitanie, on oublie trop souvent le livre »
Festival du film politique de Carcassonne : « Le cinéma politique, c’est le combat de l’obscurantisme »