Le cri du cœur de l'éditrice Marion Mazauric : "Pitié, ne fermez pas les librairies !"
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Marion Mazauric, fondatrice et dirigeante des Editions Au Diable Vauvert, dans le Gard.
DR
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La fermeture des commerces de proximité, dont les librairies, a fait l'objet d'une levée de boucliers en raison d'une inégalité de traitement vis-à-vis des grandes surfaces, ce qui a entraîné la fermeture des rayons livres en grande distribution. Comment réagissez-vous ?
Marion Mazauric : « Ce qu'on voit très bien, c'est que le pays souffre de la grande distribution, dont on est d'ailleurs aussi en train de faire le bilan écologique, en particulier Amazon qui est de la grande distribution en ligne, où les gens sont surexploités, dans un modèle qui n'apporte aucune valeur ajoutée de conseil ou d'intelligence. Les GAFA menacent la planète et le bien-vivre ensemble. Plus on casse l'autonomie d'un pays et ses petits commerces, plus on va dans un système inhumain et injuste ! Le débat qui s'enflamme devient stupide... Voltaire doit rigoler dans sa tombe ! Et on le voit moins depuis les grandes métropoles, mais il existe une injustice territoriale terrible. On parle du retour d'un mouvement insurrectionnel ressemblant à celui des gilets jaunes. Mais évidemment ! On semble découvrir que la vie des Français dépend des majors. Certains ont donné l'alerte depuis longtemps. On ouvre les yeux sur le fait qu'on est dans un pays très inégalitaire, notamment pour les jeunes. On découvre que seulement 10 % des foyers français représentent 50 % du marché de la culture... »
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M. M. : « Je n'arrive pas à croire que les librairies resteront fermées... D'autant qu'il y a une particularité dans ces commerces : ce n'est pas la cohue, on y est habitué à une forme de lenteur, de tranquillité. Les librairies ont tout de suite adopté les gestes barrière, on n'a jamais pas enregistré de cluster ! Si on ne les ouvre pas avant Noël, on ne peut pas confier le chiffre d'affaires à Amazon, c'est une question de société... Ce n'est pas parce que la librairie est plus importante que les autres commerces qu'il faut la rouvrir. Il faut réexpliquer pourquoi la librairie est un commerce régulé et protégé, qui ne dégage pas de marges importantes : chez les éditeurs, quelques livres seulement financent des fonds qui ne sont pas rentables, notamment chez les indépendants, c'est un système de mutualisation économique. L'équilibre économique est donc difficile à atteindre. C'est pourquoi il existe en France une régulation du système du livre, admirée du monde entier : un prix du livre unique et défini par l'éditeur, la TVA à 5,5 % et des lois sur la régulation sur les retours. C'est notamment ce qui fait qu'on a une France qui lit, bien qu'on soit montés à 30 % qui ne lisent plus contre 15 % il y a peu... La chaîne du livre est solidairement liée. »