Le Monde de la Lune : un opéra très surprenant de Haydn

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Le Théâtre Mouffetard présente une oeuvre peu connue du compositeur : farce philosophique aussi enjouée que militante

Voilà un spectacle que l'on n'attendait pas. D'abord parce que l'on n'attend guère Joseph Haydn sur le registre de l'Opéra. A tort lorsque l'on sait qu'il a composé 12 opéras, essentiellement des « dramma giocoso », ces histoires burlesques, drolatiques en forme de farce philosophiques. A mi chemin entre l'opéra seria et buffe. Et ce « monde le la lune » est bel et bien une bouffonnerie aux vertus édifiantes. Avec pour thème central la duperie au service de l'amour et l'émancipation féminine. L'histoire est simple : un vieux barbon ne veut pas marier sa fille à l'homme qu'elle aime. Ce dernier trouve l'idée de faire croire à ce grincheux que la lune est le plus merveilleux des astres et qu'il doit y aller de toute urgence pour y gouter tous les plaisirs de la vie. Il y consent bien volontiers et le jeune fringant lui concocte un faux voyage lunaire. S'ensuit alors une série de vraies fausses rencontres avec de vrais faux personnages, y compris avec la fille du vieillard, sa servante et l'amoureux de la servante. La panoplie complète des célèbres pièces de Marivaux, de Corneille dans l'Illusion comique ou de certains opéras de Mozart, cette intrigue rappelant sérieusement celle de Cosi Fan Tutte. Pour finir tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes : le père, reconnaissant ses erreurs et son errance, finira par accepter de donner la main de sa fille au jeune séducteur et la servante épousera son fougueux prétendant.

La lune, astre des ténèbres qui annonce la lumière

La musique de Haydn est assez déroutante. Elle tranche déjà avec celle de Mozart, son ami et maître incontesté de cette spécialité. Le Monde de la lune écrit par le compositeur lorsqu'il a 45 ans relève davantage de la pièce de théâtre chantée que de l'opéra tant les récitatifs sont quasi permanents, sans que cela soit un problème, la farce et ses symboles nous captivant tout au long du spectacle. "C'est l'enjeu du parcours initiatique vers la raison que nous expérimentons à travers la tromperie lunaire d'Haydn dont l'oeuvre ciselée brave sans cesse les limites entre illusion et comique", estime Alexandra Lacroix qui a réalisé la mise en scène. Et le comique de situation ne manque certes pas dans ce spectacle replacé dans les années 70, juste après les pas historiques de l'homme sur la lune, au coeur des revendications d'indépendance de la femme et de l'amour libre. Idée d'ailleurs plutôt judicieuse, tous les objets réunis sur scène nous replaçant dans un monde proche tout en étant lointain, les meubles, cubes sans fond, transformables et modelables à souhait comme des jeux d'enfants rappelant l'éternité des cycles. Symbole parfait de la lune, astre des ténèbres qui appelle la lumière, celle de la raison.

Chanteurs convaincants

On est donc surpris, et agréablement par tous ces paramètres mais aussi des chanteurs convaincants, comme François Rougier dans le rôle du chevalier transi de la servante, dont la voix est bien posée et le timbre naturellement chaleureux. Charlotte Dellion, dans le rôle de la fille du barbon est également efficace avec une belle diction. Quant à Cecil Gallois dans les habits du jeune premier, sa voix de haut de contre n'est pas très puissante mais le timbre est très agréable et nous emmène jusque dans la lune sans aucune hésitation.
Comme toujours au Théâtre Mouffetard, dont la scène est très petite, l'oeuvre est une transcription. Cette fois pour pianoforte. Et une fois encore, cet artifice n'est absolument pas frustrant, tant cette farce vaudevilesque se prête bien à une version peu chargée instrumentalement. L'avantage de cette salle étant d'ailleurs de permettre une grande proximité avec les chanteurs et de donner une autre dimension à ces oeuvres. On se croirait presque dans l'histoire. Et c'est très agréable. Surtout lorsque l'on vous emmène sur la lune en chantant...

Le Monde la lune de Joseph Haydn
d'après le livret de Carlo Goldoni
Théâtre Mouffetard
73 rue Mouffetard
75005 Paris
Jusqu'au 21 avril
Tel : 01.43.31.11.99
Internet : www.theatremouffetard.com
Prix des places : de 16 à 24 euros
 

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