Femmes dirigeantes : le plafond de verre se brise !

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En France, seuls 12 % des métiers sont mixtes. Les femmes sont surreprésentées dans l'éducation, la santé et le « social » et sous-représentées dans la production et l'ingénierie.
En France, seuls 12 % des métiers sont mixtes. Les femmes sont surreprésentées dans l'éducation, la santé et le « social » et sous-représentées dans la production et l'ingénierie. (Crédits : reuters.com)
Les femmes commencent à accéder aux postes de premier plan dans des entreprises françaises. Sophie Bellon bientôt à la tête de Sodexo, Isabelle Kocher à GDF Suez et quelques autres : le CAC 40 se conjugue enfin au féminin. Elles sont par ailleurs de plus en plus nombreuses à franchir le pas de la création d’entreprise. La preuve avec notre galerie de 40 portraits de femmes d’entreprise, en préambule à la cinquième édition des prix La Tribune Women’s Awards 2014.

Encore un effort, messieurs... D'ici à deux ans, courant 2016 donc, deux femmes, Isabelle Kocher aux commandes de GDF Suez, Sophie Bellon aux manettes de Sodexo, feront leur entrée dans le monde feutrée et encore très masculin des PDG des plus grandes entreprises françaises. Le signal positif ne trompe pas : le temps de la féminisation des entreprises françaises est venu. La gent masculine, qui refusait jusqu'ici de laisser les femmes prendre le pouvoir, a entendu le message, après dix ans de mobilisation. Il a fallu la multiplication des réseaux de femmes, les engagements forts de personnalités telles que Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, mais aussi de Sheryl Sandberg, directrice de l'exploitation de Facebook, ainsi que des textes de lois pour la féminisation des instances dirigeantes, dans le privé et la fonction publique, incluant des quotas de femmes dans les conseils d'administration. Mais, cette fois, c'est sûr : le plafond de verre explose. Il était temps !

Les Français, dans leur grande majorité, reconnaissent qu'un meilleur accès des femmes aux postes de responsabilité est légitime. Car elles ont non seulement tout autant de capacités que les hommes, mais aussi, dixit l'étude réalisée par l'Ifop du 22 au 25 octobre auprès d'un millier de Français, parce que le courage est la première qualité des femmes. Adieu preux chevaliers ? Pour quatre personnes sur dix, cette faculté à ne pas avoir peur d'affronter les difficultés et à aller de l'avant, contre vents et marées, arrive en tête des points forts des femmes, suivie par l'engagement, la conviction, la créativité et l'audace.

La parité à l'assaut des entreprises

De plus en plus de dirigeants sont convaincus de l'importance de promouvoir le travail des femmes. Preuve en est ? Selon le palmarès établi par Ethics & Boards, l'Observatoire international indépendant de la gouvernance des sociétés cotées, devançant les exigences fixées par la loi Copé-Zimmermann, attentes confirmées par la loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle, trois entreprises françaises, PSA Peugeot Citroën, Publicis et Virbac, affichent une parité exemplaire en matière de féminisation de leurs conseils. Neuf autres (dont Nexity, Technip, Eurofins et Hermès International) ont dépassé la barre des 40% prévue par la loi. Pour ce qui est des comités exécutifs, Icade et Sodexo sont ex aequo avec 42,9% de femmes ; CNP Assurances, JC Decaux, Orange et Technicolor ont dépassé le seuil des 30% prévu par la loi, tandis qu'Areva, CGG Veritas, Club Méditerranée et Kering ne l'ont atteint que depuis peu.

Les femmes elles-mêmes démontrent leur détermination en étant de plus en plus nombreuses à se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Selon l'APCE, désormais 32% des entreprises sont créées par des femmes. La tendance ne se limite pas à nos frontières. D'après l'enquête Hiscox 2014, menée dans cinq pays d'Europe (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas, France) et les États-Unis, le chef d'entreprise type des start-up et des PME, en d'autres termes l'entrepreneur d'aujourd'hui, est à 56 % une femme âgée de moins de 40 ans. Ce qui les motive ? Être indépendantes. Deux tiers des femmes qui aspirent à se lancer affirment vouloir créer leur entreprise pour des raisons de fierté. Mais aussi, selon l'étude réalisée par PayPal, au Mexique et en France, parce qu'elles se disent passionnées (47 %). Dans le micro-entrepreneuriat, où les femmes sont nettement majoritaires, on ne parle pas d'affect, mais de survie. Jacques Attali, président de Planet Finance, ne cesse de saluer le courage et la détermination des femmes qui, au Népal, au Ghana, en Inde, à Madagascar, au Liban, s'inventent ici garagistes, là créent, grâce au microcrédit, une coopérative pour vendre leur récolte de noix de karité à l'international.

« Partout dans le monde, a-t-il répété aux participantes du Tedx ChampsElyseesWomen, on assiste à un sursaut ; les femmes refusent de se laisser écraser. Elles sont des entrepreneures dans l'âme, car la famille et la nécessité de la faire vivre les obligent naturellement à déployer des qualités entrepreneuriales et de s'inscrire dans le long terme. »

À l'issue d'une étude menée dans 108 pays, auprès des trois générations (W, X et Y, nées entre 1945 et 1995), en partenariat avec ONU Femmes, Muriel de Saint Sauveur, directrice de la diversité du groupe Mazars, confirme :

« En moins d'un siècle, la place des femmes a totalement changé. Elles ont conquis le monde du travail, bien qu'elles ne représentent encore que 40 % de la population active mondiale. Instruites et diplômées, elles ont investi le domaine public et y apportent un nouveau regard. Si le choix du métier semble désormais acquis pour 79 % des femmes, les inégalités résident autre part : plus de la moitié déclarent s'être déjà senties victimes de discrimination par rapport à un homme et pensent que leur ascension professionnelle n'est pas identique à celle de leurs homologues masculins. »

Plusieurs freins à la féminisation demeurent

Des pans entiers de l'économie manquent cependant de femmes. En France, seuls 12 % des métiers sont mixtes. Les femmes sont surreprésentées dans l'éducation, la santé et le « social » et sous-représentées dans la production et l'ingénierie. Comme le démontre et le détaille l'ouvrage Les Métiers ont-ils un sexe ? du Laboratoire de l'égalité (Belin), les jeunes filles ne se précipitent pas dans les écoles d'ingénieurs et se destinent encore moins aux carrières du numérique. Pourtant, 86 % des Français interrogés pour le baromètre Syntec Numérique-BVA déclarent que ces métiers offrent des perspectives intéressantes pour les femmes. Soixante-douze pour cent croient en leurs compétences et les qualifient de polyvalentes (39%), d'avant-gardistes (27%) et d'entrepreneures dans l'âme (13%).

Autre frein à l'épanouissement des femmes dans la sphère professionnelle : à la sortie des écoles, à diplômes et postes équivalents, pour leur premier emploi, elles demandent en moyenne 5 000 euros de moins par an que les hommes. Cette différence de salaire va les poursuivre tout au long de leur carrière.

Dans les entreprises, le décrochage des femmes intervient avec la naissance de leur premier enfant. C'est à ce moment-là que les entreprises perdent nombre de leurs salariées. Les entreprises qui caracolent en tête des performances en matière de féminisation l'ont bien compris. Il faut accompagner, car être mère et ambitieuse n'est pas incompatible. Savoir jouer de la flexibilité, du coaching organisationnel et mettre à disposition des structures d'accueil profitent à tous. Aux salariés en général et à l'entreprise en particulier. Puisque, là encore les statistiques l'attestent, qui dit diversité dit performance.

Indéniablement, des chantiers restent à mener ; des résistances persistent. La réussite des femmes continue à susciter des commentaires dépréciatifs sur le mode « une femme qui réussit est trop ou pas assez ». Des propos haineux et sexistes, ici et là, nécessitent des rappels à l'ordre aussi bien à l'Assemblée nationale que dans les médias. Comme le démontre le Dictionnaire de l'école des femmes, conçu et écrit par une trentaine de cadres dirigeantes sous la direction de Catherine Blondel, qui décortique de A à Z ce qu'elles entendent au jour le jour, « d'ambitieuse à vulgaire en passant par autoritaire, hystérique, trop masculine... », la discrimination, le harcèlement et la dévalorisation sont encore des sujets d'actualité.

Le neuvième rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes publié mardi 28 octobre par le Forum économique mondial a refroidi celles qui s'imaginaient que le combat était gagné. Cette recherche, menée dans 142 pays, conclut qu'il faudra attendre encore quatre-vingt-dix ans - soit 2095 - pour que nous puissions nous réjouir d'une égalité réelle entre les femmes et les hommes au travail.

Aux femmes de prendre leur destin en main

Certes, pour l'heure, la France peut s'enorgueillir, d'être passée de la 45e à la 16e place en une année, mais pour combien de temps ? La parité du premier gouvernement de François Hollande, confirmée dans le gouvernement Manuel Valls II, a permis de faire bouger les lignes. On ne peut que s'en satisfaire, mais l'ambition affichée en début de quinquennat a perdu de sa superbe. Exit les déclarations et la communication, les femmes ne disposent plus d'un ministère à part entière. Certes, bien sûr, Marisol Touraine veille, avec Pascale Boistard comme secrétaire d'État, aux droits des femmes. L'une et l'autre sont volontaires, mais, remaniement gouvernemental oblige, la campagne pour la mixité des métiers qui avait été actée, en partenariat avec l'organisation Face, a pris six mois de retard.

Il reste donc aux femmes à prendre leur destin en main. Les initiatives, les conférences, les publications, les mouvements foisonnent. Pas une journée sans qu'un événement vienne soutenir la cause des femmes. Le grand public suit-il le mouvement ? Pas toujours. Le chacun(e) pour soi prédomine. La solidarité entre les femmes n'est pas toujours de mise. Les mouvements s'opposent là où ils devraient s'unir. Face aux querelles desaînées, les jeunes ne se sentent pas véritablement concernées. Question de vocabulaire et de préoccupation quotidienne également. Seuls le volontarisme de quelques-unes - comme l'illustre l'initiative Happy Happening destinée à la « génération Y » -, le martèlement au sein des entreprises et des réseaux, la mise en valeur des exemples emblématiques, la pression des politiques permettront de parvenir à une égalité indiscutable. En France, comme l'avait affirmé Najat Vallaud-Belkacem, lors du Global Summit of Women 2014, en juin dernier, « la convergence des taux d'activité des hommes et des femmes contribuerait à accroître de 10 % l'économie de la France d'ici à 2030 ».

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