2010, un marché français en demi-teinte

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Drouot et nombre de maisons de ventes aux enchères françaises affichent des résultats 2010 en progression. Une avancée certes notable, mais qui cache un évident malaise tricolore.

Cocorico ! Une fois encore, les communiqués des bilans annuels des maisons de ventes aux enchères françaises résonnent comme des bulletins de victoire. Christie's France occupe la première place sur le podium avec un chiffre d'affaires de 176,5 millions d'euros (+ 56% par rapport à 2009 si on enlève le prodigieux résultat de "la vente du siècle Bergé-Saint Laurent", 342 millions à elle seule en février 2009), suivie par Sotheby's France avec 175 millions contre 98 millions, soit un gain de 78%.

Mêmes satisfactions pour les moins importantes, Piasa avec 45 millions affiche 37% de hausse, Tajan avec 39,2 millions affiche 25%, Bergé & Associés avec 25 millions (à Paris, 21 millions à Bruxelles) affiche 15%. Quant à Drouot, conglomérat d'une soixantaine de maisons plus ou moins importantes et disparates, son chiffre d'affaires annuel passe de 410 à 440 milions d'euros.

Ces (bons) chiffres sont pourtant à modérer. D'abord parce que 2010 est une année de sortie de crise, l'année précédente ayant été marquée par un recul général des ventes, même si la France a été proportionnellement moins touchée que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne, qui alors avaient connu un recul allant jusqu'à 40% des transactions. Or, en 2010, ces pays ont retrouvé de leur superbe et nombre d'enchères ont largement dépassé le million de dollars (monnaie mondiale de référence dans le marché de l'art), voire la dizaine ou la trentaine de millions. En France, Drouot a tout juste connu 9 objets millionnaires, un de plus qu'en 2009. A comparer avec 2007, année où Drouot enregistrait 550 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Ensuite, le marché s'est logiquement mondialisé. Si la place de New York , notamment pour les peintures impressionnistes, modernes et contemporaines, reste largement leader, suivie de Londres (peinture classique et mobilier), la France, longtemps considérée comme le grenier du monde, ne représente plus que 6% de ce marché, dépassée désormais par la Chine, là aussi, mais menacée par d'autres pays, Allemagne (+ 32% de chiffre d'affaires annuel pour l'art contemporain), Italie, Singapour, Taiwan, Corée, Russie. C'est que les nouvelles fortunes émergentes comme les pétrodollars sont avides d'objets d'art de haut de gamme, et (re)font monter fortement les enchères. Rien que pour Sotheby's France, les deux tiers des adjudications de 2010 ont été effectuées par des acheteurs étrangers.

Par ailleurs, le monde tricolore du marché de l'art reste empétré dans ses retranchements et ses contradictions. Drouot, outre un fonctionnemment archaïque et une rénovation de ses locaux à minimum a connu en 2010 "le scandale des cols rouges", autrement dit des détournements illicites qui ont sérieusement ébranlé la confiance des acquéreurs. De plus, le marché français est désormais soumis à une directive européenne libérale mais se s'y est toujours pas adapté, pas plus qu'il n'a su prendre le virage Internet.

Enfin, les grandes SVV (sociétés de ventes volontaires), qui dominent de plus en plus le marché français car solides financièrement, semblent surtout attirées par les ventes de prestige ? avec parfois l'exportation d'oeuvres principales ? laissant le tout venant, nettement moins rentable aux autres, de plus en plus fragiles. Or, comme un iceberg, le marché ne montre au mieux qu'un petit vingtième de ses activités, car l'immense majorité des enchères est largement sous la barre des 10.000 euros. Une tendance qui se confirme : déjà Christie?s France annonce pour mars  2011 la vente de la plus importante collection privée d?Arts décoratifs du 20ème siècle...

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