Israël-Palestine : l'économie, vecteur de paix

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L'économie peut-elle réussir là où la diplomatie et les armes n'ont jamais eu raison d'un conflit ? Peut-elle être un agrégateur positif plus puissant ? Trouver la paix au Moyen-Orient est une des priorités de l'administration Obama. Nicolas Sarkozy tiendra le même langage lors de la visite à Paris du Premier ministre Benyamin Netanyahou, le 3 juin, alors que la réalisation d'un parc industriel palestinien est en cours.

Si tous les efforts diplomatiques doivent être mis en ?uvre pour finaliser un accord politique entre Israéliens et Palestiniens et parvenir à la création d'un État palestinien dans des frontières sûres et reconnues, puis aboutir plus largement à la paix entre Israël et les pays arabes, il faut être conscient du rôle fondamental que peut jouer le développement économique des territoires palestiniens pour promouvoir et encourager les efforts de paix dans la région.

En décembre 2007, la conférence de Paris, organisée sous l'égide de la France, a mobilisé des donateurs du monde entier afin de soutenir le développement de l'État palestinien. Une partie des 7 milliards de ces dons a permis de consolider la construction de l'État palestinien : formation de la police, de la justice, règlement des salaires des fonctionnaires tandis qu'une autre partie avait pour vocation de contribuer au développement de l'économie palestinienne.

Le soutien au secteur privé pourra seul permettre l'émergence d'une véritable classe moyenne palestinienne impliquée dans l'avenir de son pays. Ne nous y trompons pas : cet objectif est indissociable de la sécurité israélienne et de la pérennité d'un accord de paix ; il offrira un environnement aux négociations promues par les chefs d'État occidentaux.

Depuis trop longtemps le mot "paix" est associé pour les deux peuples aux termes de sacrifices et compromis : il est trop souvent synonyme d'abandon de rêves profondément ancrés dans les mentalités au profit d'un règlement politique aux bénéfices flous. Il est impératif de rendre la paix synonyme de l'amélioration concrète du niveau de vie des Palestiniens, de la lutte contre le chômage, de la voie d'une prospérité durable, d'une meilleure éducation de leurs enfants.

Le soutien à une économie pérenne permettra de renforcer les forces de paix et de modération. Le gouvernement de Mahmoud Abbas et du Premier ministre Salam Fayad doit pouvoir montrer rapidement à son peuple qu'il propose une réelle alternative de vie positive pour lutter contre l'influence grandissante du Hamas et montrer les dividendes positifs de la négociation avec Israël et de la paix.

La France est le premier État à mettre concrètement en pratique le soutien au secteur privé palestinien en finançant en partie le premier projet de parc industriel qui sera inauguré en juin à Bethléem. Mais au-delà des subventions, nous avons souhaité que les hommes d'affaires palestiniens soient partenaires dans ce projet, qu'ils en soient le moteur. Ainsi nous avons aidé à la création de la première société franco-palestinienne financée à 50 % par des fonds français dont 40 % de fonds privés et 50 % par les Palestiniens dont 40 % d'investisseurs privés palestiniens.

Cette zone industrielle aura pour objectif de soutenir la création d'entreprises palestiniennes, de lutter contre le chômage en leur permettant de se développer à moindre coût, de créer une pépinière d'entreprises pour les jeunes diplômés palestiniens en partenariat avec l'université de Bethléem et de favoriser le travail des femmes grâce à la création d'un centre de formation pour les femmes et d'une crèche. Les Allemands, les Turcs et les Japonais devraient à leur tour, dans les mois et années à venir, suivre l'exemple en créant d'autres zones en Cisjordanie.

Nous souhaitons, d'autre part, que ces structures sécurisées créent un environnement favorable pour le rapprochement entre des entreprises françaises et palestiniennes mais aussi le développement du commerce avec des entreprises israéliennes. En effet, ne nous méprenons pas : Israël sait qu'il a tout à gagner du développement des territoires palestiniens. Son gouvernement nous a apporté tout son soutien tant sur les questions de transports de marchandises que des besoins en eau et en électricité nécessaires au fonctionnement de cette zone. Au-delà des raisons économiques, ce projet a pour objectif d'apporter l'espoir dans la région et de promouvoir un climat de coopération et de paix, idée que prône d'ailleurs depuis des années le président israélien Shimon Peres.

Ces propositions ne sont pas utopiques. Au contraire, elles reconnaissent avec réalisme que les projets concrets d'infrastructure et de développement peuvent contribuer à forger des solidarités, des interdépendances qui paveront le chemin du processus de paix. Faut-il rappeler que l'Union européenne est la fille de la CECA, créée exactement dans ce sens, quelques années après le rejet de la Communauté européenne de la Défense, démontrant que l'économique, le technique peuvent entraîner le politique et non l'inverse ?

Le conflit irlandais a montré récemment le rôle moteur que peut jouer le développement économique, par l'implication du secteur privé, pour aboutir à des accords de paix. À cet égard, le choix par Barack Obama de George Mitchell, négociateur des accords de Good Friday de 1998, comme émissaire spécial au Moyen-Orient, est révélateur des intentions de l'administration américaine.

Le "faire ensemble" et le partage d'intérêts communs sont les meilleurs moyens de favoriser le rapprochement entre les peuples. C'est la mise en application du principe de "communautés de destins" cher à Jean Monnet qui était déjà à la base de la construction européenne : "Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes."

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