"Françafrique" : la fin d'une époque

 |   |  431  mots
Par Eric Benhamou, journaliste à La Tribune.

Vivant ou mort, Omar Bongo aura réussi à capter l'attention internationale sur son petit pays. Moins d'un million d'habitants, à peine 2% des réserves pétrolières de Total quand l'Angola et le Nigeria en représentent près de la moitié. Et pourtant deux présidents français à son enterrement. Quel symbole !

Omar Bongo incarnait depuis plus de quarante ans les deux faces d'une pièce : la "Françafrique". Celle de feu le président ivoirien Houphouët-Boigny où la république et ses anciennes colonies se fondaient dans un même destin. Et celle, moins brillante mais tout aussi rentable, des réseaux affairistes qui font rimer intimité avec profitabilité.

Mais est-ce la "Françafrique" qu'on a enterrée hier dans ce petit coin du Haut-Ogooué ? Le temps du monopole hexagonal sur sa zone d'influence est révolu. En dix ans, la gestion des conflits est de plus en plus africanisée et la croissance économique attire de plus en plus d'investisseurs, chinois ou indiens, sur un continent dont la population aura doublé en l'espace d'une génération. L'Afrique bouge et la France ne peut que s'adapter. C'est ce que Nicolas Sarkozy nomme la "normalisation des relations", déjà engagée sous la présidence de Jacques Chirac.

Loin de la controverse du discours de Dakar sur "l'homme africain", le chef de l'Etat en a dressé les contours au Cap en février 2008. En un même discours, il a ainsi annoncé la renégociation des accords militaires avec le "pré carré" africain, le redéploiement de l'aide au développement en faveur du secteur privé, l'ouverture vers les pays anglophones et le renforcement des dynamiques de coopération régionales. En clair, des relations d'Etat à Etat et non plus d'homme à homme. L'intention est louable mais ces relations d'un nouveau genre sont loin de recueillir l'enthousiasme de la rue africaine.

Principal levier d'intervention Nord-Sud, la renégociation des dettes contractées par des Etats souvent corrompus, et dont les populations n'ont jamais vu la couleur, est peu visible. Et le rejet de l'ancien colonisateur, largement relayé sur Internet, est de plus en plus vivace. La jeunesse s'enflamme désormais pour Barack Obama et les élites pour le miracle brésilien ou chinois. La France et sa coopération ne font plus rêver personne.

Paris doit donner un signal fort pour convaincre à la fois de la mue de sa politique africaine et de la singularité de ses relations avec le continent. C'est à ce prix qu'il pourra maintenir une relation privilégiée et éviter de devenir un partenaire oublié.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
2 exemples supplémentaires qui montrent à quel point la France recule en Afrique : le méga projet de production d'électricité à base de l'énergie solaire dans le sahara avec pour chef de fil des firmes allemandes et l'ouverture d'un géo portail centré sur l'Afrique de l'ouest toujours à l'initiative de la recherche allemande (Université de bonn).
MERCI A TOUS CEUX QUI ONT OEUVRE POUR LA FRANCAFRIQUE DEPUIS SI LONGTEMPS ET QUI EN ONT BIEN PROFITE.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :