L'Amérique inventera-t-elle une nouvelle croissance ?

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L'espoir renaît, mais de grandes incertitudes demeurent sur la manière dont nous résorberons le chômage et les déficits immenses légués par cette crise. Nous aurons donc une reprise en "v", comme "vulnérable", à moins d'inventer un nouveau modèle de croissance à long terme. Le "capitalisme vert" sera pour l'Amérique d'Obama une révolution aussi importante que celle que fut le fordisme dans les années 30.

Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers déposait son bilan après que Washington avait refusé son sauvetage?; deux jours plus tard, AIG était au contraire repris sans barguigner par le gouvernement. Une véritable panique saisissait la planète financière, le crédit se trouvait bloqué, la récession s'amorçait, la dépression menaçait. La planète financière ? et l'économie mondiale ? est sans doute passée à deux doigts de l'implosion. Un an après ce choc cataclysmique, en septembre 2009, les signes d'embellie se sont multipliés, les marchés se sont ressaisis, l'espoir renaît. Est-ce réaliste?? L'Amérique est-elle en train de retrouver une croissance durable??

Sur le plan conjoncturel, on peut résumer la situation par quatre traits. La nouvelle administration a mis en place des politiques budgétaire et monétaire très agressives qui ont interrompu la chute libre de l'hiver dernier?; à partir de là une reprise technique devait intervenir ne serait-ce que par la reconstitution des stocks. En matière financière, les premiers efforts pour stabiliser le secteur sont restés infructueux avant qu'au printemps l'opération dite des "stress tests" ne dégage l'horizon d'une manière que l'on peut juger aujourd'hui inespérée. D'où l'embellie.

Mais on voit bien aussi que l'on est au milieu du gué?: le taux de chômage augmente et continuera à augmenter tant que la demande finale restera déprimée. La réforme de la santé, qui devait faire de l'Amérique une société plus équitable, sortira sérieusement atrophiée du Congrès, à moins que les moyens d'une politique sociale plus généreuse ne reviennent. Un immense déficit budgétaire, en attendant, annonce au contraire des jours difficiles, à moins que la reprise de la demande ne stimule les recettes fiscales. La timidité des réformes de la finance ? lobbies obligent ? et la perpétuation de taux d'intérêt "très bas", comme les a annoncés le président de la Fed, Ben Bernanke, font craindre le retour des comportements spéculatifs dont on connaît trop bien l'issue, à moins que la finance ne soutienne la reprise d'une demande finale profitable.

À ce stade, si l'on évoque la lettre "v" à propos de la reprise, c'est sans doute pour la qualifier de "vulnérable"?! À moins que..., à moins que la question du modèle de croissance à long terme ne se pose en des termes nouveaux. Quel pourrait à cet égard être l'équivalent contemporain de la révolution introduite en son temps par le régime de croissance d'après-guerre, ce que l'on a appelé le "fordisme"?? Personne ne connaît exactement la réponse, mais le meilleur candidat, aujourd'hui, c'est peut-être ce que l'on appelle le "capitalisme vert". Est-ce possible en Amérique??

Le scepticisme à l'égard des tendances environnementales du capitalisme américain se comprend si l'on se réfère à l'administration Bush-Cheney qui a incarné avec ferveur une sorte de barbarie environnementale. Mais cela ne donne qu'une vision tronquée de l'Amérique où ont pullulé les initiatives décentralisées, celles des ONG, celles des grandes villes, celles des États. Il y a surtout eu une prise de conscience des milieux d'affaires?: les industriels demandent que le Congrès adopte un cadre donnant de la visibilité sur ce que peut être l'économie du carbone dans les quinze à vingt prochaines années. C'est ce qui explique que malgré la récession, les deux candidats, le démocrate et le républicain, aient, l'an dernier, continuellement préservé leurs objectifs en matière de changement climatique avant que Barack Obama ne fasse de ce thème l'une des grandes ambitions de sa présidence. Je vois bien les réactions sceptiques que font naître, parmi les experts de la négociation climatique, les positions américaines toujours très en deçà de celles de l'Europe. C'est vrai et c'est le reflet d'une différence majeure?: en Amérique, quand on parle "climat-énergie", on ne parle de "sauver la planète" que rapidement, dans l'exposé des motifs, et l'idée de changer les comportements de manière punitive n'a pas cours?; l'essentiel, c'est la dynamique économique que l'on voit déjà s'enclencher, des innovations, des investissements, des emplois, des profits, des opportunités pour le capital-risque, etc. Et en la matière, l'Amérique a clairement un temps d'avance?!

Le capitalisme vert est sans doute notre meilleure chance d'échapper à la répétition des bulles financières dans laquelle nous enferme l'héritage d'une croissance fondée sur l'excès de dette et sur l'utilisation improductive de l'innovation financière. Mais le retour à un sentier de croissance durable ne se décrète pas du jour au lendemain, le gouvernement n'est que l'un des acteurs, la transition sera longue et hésitante. Les défis technologiques, financiers, sociaux et politiques que l'on rencontrera seront aussi complexes que ceux qu'il a fallu surmonter au milieu du XXe siècle pour que se propage le fordisme, en Amérique d'abord puis dans le reste du monde. Aujourd'hui, à nouveau, l'Amérique est à la recherche de son avenir. Le capitalisme des vingt-cinq dernières années s'est effondré?? Vive le capitalisme, et qu'il soit vert si c'est là le secret d'une croissance durable?!
 

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