Reprise ou re-crise ?

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(Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, éditorialiste de La Tribune.

Et si la reprise était plus forte qu'attendu ? Le scénario d'un rebond en V, jusqu'ici rejeté doctement par tous les économistes, échaudés par leur myopie à l'égard de la crise des subprimes, a pris de la vigueur avec les dernières statistiques publiées en Chine ou aux États-Unis.

Déjà forte dans les pays émergents, qui font comme s'ils n'avaient pas connu la crise, la croissance s'étend, au Japon, en Amérique et même, bien que plus modérément, en Europe, comme d'habitude à la traîne.

Bien sûr, ces bons chiffres ont un côté artificiel : sans les plans de relance mis en ?uvre dans la plupart des pays, le monde serait encore en récession. Qu'en sera-t-il quand il faudra renoncer à soutenir l'économie par des primes à la casse et des grands travaux d'infrastructures ? Le monde sombrera-t-il dans la "re-crise"?

Pas si sûr : grâce au soutien de la demande, le commerce mondial repart. Le pari keynésien et son fameux effet multiplicateur a été efficace. Mais ne nous y trompons pas : aujourd'hui comme hier, c'est toujours du consommateur américain plus que des classes moyennes chinoises que le monde peut espérer son salut.

Là se trouve la limite du raisonnement, car les mêmes causes produisant les mêmes effets, la persistance de ce déséquilibre est l'ingrédient qui pourrait nous faire retourner dans la crise. Dans un mois va commencer la négociation de Copenhague sur le réchauffement climatique : rien ne dit que les États-Unis sont prêts à modifier leur modèle de croissance pour assurer au monde plus de stabilité.

Dans cette reprise en ordre dispersé, l'Europe risque bien d'être le dindon de la farce, freinée par la force de l'euro et la nécessaire remise en état de ses finances publiques. À force de plaider la coordination des politiques économiques pour les autres sans se l'appliquer à elle-même, l'Europe semble condamnée à souffrir de la crise plus durablement que le reste du monde.

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Commentaires
a écrit le 02/11/2009 à 16:04 :
Alors je ne vois plus qu'une solution pour l'Europe : financer sa reprise en faisant marcher sa planche à billets.
Ainsi l'euro faiblira, ce qui relancera ses exportations et accélèrera encore sa reprise.
a écrit le 02/11/2009 à 10:05 :
Cet edito me paraît très lucide.

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