Dix propositions pour "booster" la France

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Président du club Réforme & Modernité, Hervé Mariton peut être qualifié de libéral-villepiniste. Proche de l'ancien Premier ministre, dont il a été le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, il figure parmi les membres de l'UMP critiques à l'égard de la politique de Nicolas Sarkozy. Il propose dans ce texte un programme politique pour ouvrir de nouveaux horizons.

François Fillon a dit récemment, au congrès du Parti populaire européen, sa crainte d'une croissance molle. "Réforme et Modernité", club politique associé à l'UMP, formule ici dix propositions pour muscler la France.

1. Les Français méritent la vérité, pour paraphraser le Premier ministre. L'action politique n'est pas de raconter une histoire, mais de fonder l'action sur un diagnostic partagé. Si Jean-Pierre Raffarin a pu, en son temps, engager une étape importante de la réforme des retraites, c'est bien que des rapports successifs avaient permis d'établir l'état de la situation. A-t-on engagé le même effort d'analyse partagée pour l'étape 2010 de la réforme ? Dans la relation au monde, sur l'état de la France, la vérité, la rigueur de l'analyse sont nécessaires à la confiance.

2. Remettre l'Etat en état est une deuxième nécessité qui passe par une plus grande attention à la réduction des déficits et de la dette publique. Autant dire que les choix précis et le suivi des dépenses du "grand emprunt" devront se faire avec la plus grande sélectivité et la plus grande rigueur. C'est aussi éviter les hypothèses fantaisistes comme celles d'une loi de financement de la Sécurité sociale fondée sur une croissance de 5% de la masse salariale. Bientôt la dette sera le premier budget de l'État. Quelle serait notre capacité de réponse à une nouvelle crise ?

3. Associer les salariés à l'avenir de nos entreprises, de l'économie du pays. La réflexion sur la formation ou sur la participation n'est pas neuve. Mais le débat est nécessaire pour demander à tous les salariés de concevoir les bons schémas de la formation et pouvoir leur offrir la perspective d'une carrière - et pas seulement aux cadres. La question de la participation est enfermée dans un vocabulaire de spécialistes. L'évolution des règles de liquidation de l'intéressement, au motif légitime de l'augmentation du pouvoir d'achat, en a abîmé le principe. Oui, la crise a modifié la perception du capitalisme et justifie de nouvelles règles.

4. Donner leur chance aux jeunes. L'esprit pionnier, le courage de la dissidence sont nécessaires à la création et à l'innovation. Les grands groupes ne recrutent que très peu de thésards. Il faut les encourager davantage. L'organisation de la recherche doit être modifiée pour mieux repérer et employer les nouveaux talents. Mesurons la bombe sociale que peuvent être les 20% de jeunes qui sortent du système scolaire sans aucune qualification. Nous devons fonder une nouvelle alliance formation-entreprise. Il faut vouloir que les jeunes soient une richesse et non un problème.

5. Engager une vraie réforme de l'enseignement supérieur, allant au-delà de la semi-autonomie accordée par la dernière loi. Elle a fait bouger quelques lignes, mais le "deal" passé avec les syndicats enseignants et avec l'Unef risque de consolider les déficiences actuelles, de freiner l'émergence des meilleurs. L'ouverture sur le monde reste insuffisante. La France doit s'ouvrir bien plus aux étudiants étrangers, en laissant les établissements libres de fixer les droits d'inscription des étudiants non européens.

6. Ouvrir de nouveaux horizons, engager une valorisation économique des nombreuses et riches données publiques que possède l'administration outre l'exemple bien connu de l'information géographique. La France a des atouts pour développer - en préservant les droits et libertés des individus - les secteurs d'hypercroissance tels que l'Internet des objets, la robotique humanoïde. Dans ce seul secteur, nous pourrions capter 3 milliards de marché sur les ?10 attendus annuellement.

7. Développer les capitaux de croissance est nécessaire pour aider en particulier les PME innovantes à devenir des entreprises de taille intermédiaire. Les moyens accordés à Oséo dans le cadre du "grand emprunt" sont bien destinés, pour autant qu'un cofinancement bancaire privé soit systématiquement exigé en complément. Pour aider à la création d'entreprises sur les secteurs technologiques de l'hypercroissance, la mise en place de fonds d'amorçage est indispensable.

8. Assumer les temps longs de l'industrie ou de services qui ne sont pas toujours ceux du secteur financier. C'est une condition nécessaire au succès de la croissance verte. Pour expliquer à l'opinion, former les salariés, s'adapter aux règles publiques, créer un marché. Le temps long, c'est aussi celui de l'évolution de nos grandes entreprises qui doivent changer.

9. Encourager l'écosystème du développement. Les pôles de compétitivité sont une bonne politique. Mais il faut préciser la vision, renforcer le rythme et l'impulsion politique, sélectionner les pôles les plus performants, mais aussi les ouvrir plus sur le milieu environnant. Il convient également d'appeler au développement des clubs d'entreprises sur une zone d'activité comme un plus large territoire.

10. L'esprit du large, ensemble. L'écosystème doit stimuler la présence à l'exportation. Et si un jour les entreprises françaises étaient aussi liées dans un pays étranger que le sont les entreprises allemandes ou italiennes ? Les plus grandes, soutenues par l'Etat, doivent aider à porter la présence de leurs réseaux à l'export.

Croissance molle ? Nous offrons les dix propositions pour muscler la France. Leur mise en ?uvre ne coûte pas très cher. Elles ont en commun d'exiger une dynamique collective ; il faut s'engager et y croire.

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