Redonner le goût d'apprendre grâce au numérique

Par Catherine Lucet, DG du pôle éducation et référence d'Editis.

La plupart de nos voisins ont déjà lancé des plans numériques scolaires d'envergure : le Royaume-Uni s'y est mis dès 2002, et, dans ses classes, on y dénombre aujourd'hui 450.000 tableaux numériques interactifs, contre à peine 30.000 en France. Après vingt ans d'expérimentation, la France va se mettre à son tour au numérique scolaire, dont les avantages sont multiples : il permet de mieux aider les élèves en difficulté, de préparer les jeunes aux métiers de demain comme des acteurs d'une future économie de la connaissance, de moderniser le fonctionnement des établissements, de mutualiser les travaux et les expériences des enseignants, voire de contribuer à relancer l'économie.

Mais s'il fallait n'en retenir qu'un seul, ce serait celui de favoriser une dynamique éducative dans notre pays et de redonner aux élèves le goût d'apprendre. Les expériences étrangères le montrent : l'utilisation du numérique en classe, et en particulier des tableaux interactifs, accroît nettement et de façon durable la motivation des jeunes. C'est d'autant plus urgent que les élèves français, plus que leurs homologues des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), n'aiment pas l'école.

Le rapport Fourgous, consacré à la modernisation de l'école par le numérique, a montré la complexité des enjeux. Idéalement, il faudrait équiper les établissements scolaires en vidéo-projecteurs ou en tableaux blancs interactifs, accélérer le déploiement des espaces numériques de travail, mettre en place des classes mobiles, doter les enseignants, voire les élèves, d'ordinateurs portables, organiser la maintenance de tous ces équipements, ainsi que leur renouvellement régulier et, bien entendu, former près d'un million de professeurs. Le tout dans un contexte budgétaire défavorable, tout en assurant une égalité territoriale...

L'équation étant difficile à tenir, le plan du ministre Luc Chatel, attendu pour ce printemps, devra reposer sur des choix. Avec quelques éléments clés.

D'abord, s'appuyer sur les enseignants : dotés d'une excellente formation initiale, les professeurs français ont été parmi les premiers utilisateurs d'Internet. Ils s'en servent déjà massivement pour préparer leurs cours et sont à l'origine de nombreuses initiatives numériques. C'est en mettant à leur disposition des équipements de classe, une formation à l'utilisation de ceux-ci, des ressources pédagogiques numériques et des outils de partage d'expérience que le système éducatif tirera le meilleur parti de la numérisation.

Définir nos propres priorités pédagogiques et culturelles, ensuite, en mettant les outils numériques au service de celles-ci. Il s'agit de maîtriser les modalités et le rythme d'intégration du numérique dans notre système éducatif en évitant de voir s'imposer par défaut des modèles venus d'ailleurs, faute d'avoir su réfléchir et investir à temps.

Faire émerger une offre de ressources pédagogiques numériques de qualité et favoriser leur usage en classe : si les nouvelles technologies se prêtent bien à la mutualisation entre enseignants de leurs cours, il paraît important d'associer le multimédia et le livre, expressions pédagogiques complètes des programmes adaptés aux pratiques de classe. Des manuels numériques existent déjà : ils sont de plus en plus riches et interactifs. A terme, ils seront personnalisables. Mais, pour accélérer leurs investissements numériques, les éditeurs ont surtout besoin de visibilité sur le rythme de déploiement des équipements, et non de subventions à la création. Comme au Royaume-Uni, où a émergé une industrie nouvelle du multimédia éducatif.

Enfin, concevoir et mettre en place les mécanismes permettant de faire travailler, la main dans la main, les collectivités locales, qui sont les responsables des infrastructures scolaires, donc des équipements informatiques, et les rectorats, en charge des projets pédagogiques et de la formation des enseignants. Un manque de coordination serait contre-productif : il mènerait au gaspillage, et, pire, à l'épuisement des bonnes volontés.

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