Marchés  :  attachez vos ceintures  !

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Par Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune.

Tout est bon pour flanquer le bourdon aux investisseurs, qui, à chaque statistique prêtant à l'optimisme, n'y voient que le verre à moitié vide. Ils ont pourtant obtenu tout ce qu'ils ont exigé.

Ils redoutaient hier un effondrement des systèmes bancaires ? Ces derniers ont été sauvés fissa par les États. Ils se sont effrayés des déficits publics abyssaux ? La Grèce, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et, hier, l'Italie ont saisi sans mollir leur grande hache pour tailler dans leurs dépenses avec un zèle que l'on n'imaginait guère possible dans nos démocraties.

Las ! Les marchés auront surtout retenu que les cures d'austérité n'entament pas seulement le gras mais aussi le muscle. En d'autres termes, qu'elles se paient cher en dynamisme économique, et partant en profits des entreprises. On dénonçait la faiblesse de la régulation financière ? Et voilà que le vote de quelques règles aux États-Unis a brutalement rappelé aux marchés que, mieux régulées, les banques seront moins rentables.

À chaque angoisse, une réponse. À chaque réponse, une angoisse. Alors, les marchés sont-ils totalement névrosés ? Ou plutôt paniqués ? Car, tôt ou tard, les forces de rappel, comme la baisse de l'euro, celle des taux longs sur les emprunts d'État ou la hausse du rendement des actions, finiront par jouer. Mais cela, les marchés ne veulent pas l'entendre.

L'aversion au risque est devenue si aiguë qu'elle s'est muée en un sauve-qui-peut général se propageant à la planète tout entière. Il est vrai que si la zone euro est à plat pour trois ans, cela aura une répercussion non négligeable sur la croissance mondiale : 0,75 % de croissance par an, a calculé Natixis. Mais il n'y a pas que cela.

Tout au bout du cercle vicieux des plans de sauvetage, une loi semble s'imposer : quand il n'y a plus ni dette publique, ni dette privée pour soutenir l'activité, tout se dégonfle. On savait le désendettement des économies occidentales inévitable. Sans comprendre que cet effet de levier à tous les étages était précisément ce qui avait soutenu et la croissance, et la valeur des actifs. En clair : attachez vos ceintures...

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Commentaires
a écrit le 26/05/2010 à 21:06 :
On sait quand même depuis des années que la France a le plus grand mal à gagner sa vie sur le marché mondial, contrairement aux allemands et aux chinois, chacun dans son genre, et ce, faute de compétitivité ou de génie, et que cela nous oblige à nous endetter, mais non pas pour fabriquer des choses que nous irions vendre au monde entier pour gagner notre vie, mais pour payer nos retraites, nos hôpitaux, nos services sociaux, avec des allocations pour tous ceux qui ont envie d'en profiter, et des subventions pour les autres; en laissant la facture à nos enfants...
Quand un Steve Jobs s'endette, ce n'est pas pour maintenir son standing, c'est pour fabriquer sa nouvelle camelote à vendre. Le standing, c'est juste une part du bénéfice après avoir assuré l'investissement recherche. Voilà la vraie croissance. Vider les bas de laine pour consommer ne peut raisonnablement pas s'appeler croissance.

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