"Greed" et "fear", les deux mamelles du marché

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(Crédits : Christophe Audebert)
L'appât du gain et la peur sont les deux moteurs des marchés financiers. Les spéculateurs professionnels jouent à merveille de ces deux cordes, qui engendrent une volatilité inégalée. Et une accélération du rythme des crises financières. Le marché en apparaît de plus en plus humain, d'où la folie qui s'empare de lui, parfois, comme aujourd'hui.

Dire que les marchés sont volatils depuis quelques semaines est un doux euphémisme. Ils ont une fois de plus perdu la raison, si l'on peut penser qu'ils l'aient seulement eue un jour. Le début de la semaine qui vient de s'écouler semblait sonner le glas de tous les actifs "à risque". On avait jeté depuis longtemps le bébé avec l'eau du bain mais on se débarrassait même des tétines et des couches qui traînaient encore. Il ne fallait plus rien détenir. Rien. Tout actif autre qu'une obligation allemande était hautement radioactif. Et quand des personnes extérieures au monde de la finance me demandaient ce qu'il se passait, je me suis vite trouvé à court d'arguments.

Comment expliquer la folie de façon raisonnable ? J'ai bien tenté d'évoquer les craintes de récession en Europe (alors que l'OCDE relevait ses prévisions de croissance...) ou aux Etats-Unis (alors que les indicateurs économiques indiquaient une reprise forte, notamment dans l'immobilier), les craintes d'explosion de la bulle chinoise (oui, mais pourquoi aujourd'hui plus qu'hier ?) ou le risque de désintégration de l'euro (risque auquel je ne crois pourtant pas une seule seconde). Mais j'avais du mal à convaincre, n'étant moi-même pas convaincu. J'ai honte, mais, je dois même avouer qu'à court d'arguments, j'ai évoqué la tension en Corée du Nord... C'est pitoyable, non ? Il fallait vraiment que je n'aie plus rien à dire...

Alors, pourquoi cette panique avec un CAC à 3.287 points le 25 mai ? Mais pourquoi aussi l'euphorie le 15 avril avec un CAC proche des 4.100 points ? Soyons honnêtes. Il n'y a pas d'explication rationnelle, ni dans un cas, ni dans l'autre. Car les marchés sont en fait guidés, et uniquement guidés par "greed", l'appât du gain, et "fear", la peur.

Les professionnels de la spéculation le savent et jouent parfaitement de ces deux cordes extrêmement sensibles. Pour qu'un "initié" gagne de l'argent, il faut parvenir soit à galvaniser la foule, soit à la faire paniquer. Il faut convaincre, comme en 2000, les petits porteurs que les arbres de l'Internet, même si ce sont encore de jeunes pousses brûlant des fonds par millions, ne peuvent que monter vers le ciel et que c'est la dernière chance de prendre le train en marche ("greed"), comme il faut les persuader (en mai 2010) que l'Europe est en faillite, que l'euro va disparaître et qu'ils n'ont plus que quelques heures pour se jeter dans la mer pour tenter de rejoindre à la nage les côtes américaines, pourtant polluées par la marée noire ("fear").

Les marchés ne sont pas efficients. Ils ne l'ont jamais été. Mais ils le sont encore moins aujourd'hui que par le passé. La preuve ? Le rythme des crises financières. Sur les vingt-cinq dernières années, le rythme des crises est passé de trois ans à dix-huit mois. Une crise tous les dix-huit mois et des crises d'une ampleur de plus en plus grande ! Une bulle, une crise, une bulle, une crise, une bulle, une crise, et ainsi de suite. "Greed", puis "fear". C'est une remise en question complète de tous les modèles classiques d'analyse et de prévision à laquelle nous assistons.

Aucun "fondamentaliste" ne pourra m'expliquer le CAC à 4.085 points, puis le CAC à 3.287 points quelques jours après, et peut-être un CAC au-dessus de 4.000 points avant la fin de l'année. A l'ère où les ordinateurs et le "high speed trading" règnent en maîtres sur les marchés, le paradoxe, c'est que les marchés deviennent de plus en plus "humains". Les termes qu'on utilise d'ailleurs pour les décrire relèvent de plus en plus de la psychologie, et parfois même de la psychiatrie...

L'homme, surtout les hommes, d'ailleurs, ont toujours été guidés par l'appât du gain et par la peur (par le sexe, aussi, mais cela n'a rien à voir avec notre sujet...). Les grands fonds spéculatifs l'ont compris depuis longtemps et exploitent parfaitement cette faiblesse. Alors, deux conseils : ne cherchez pas d'explication à ce qui est inexplicable, et ne tombez pas dans le piège que le diable vous tend... Prenez de la hauteur...

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