La Californie invente la primaire unique

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(Crédits : DR)
Par Federico Rampini, correspondant à New York de La Repubblica.

La Californie confirme encore une fois son statut de laboratoire d'innovation politique des Etats-Unis. Aux récentes primaires du Parti républicain, deux grandes dames de la Silicon Valley l'ont aisément emporté. Meg Whitman, qui fut PDG de eBay, sera candidate au poste de gouverneur aux élections de novembre. Carly Fiorina, ancien PDG de Hewlett-Packard, va essayer de remplacer la démocrate Barbara Boxer comme représentante de la Californie au Sénat de Washington.

Whitman et Fiorina représentent une nouvelle droite, modérée et libérale, bien loin du populisme du Tea Party Movement. Leur victoire au sein du Parti républicain est d'autant plus importante, qu'elle s'accompagne d'un autre rebondissement. Les électeurs de Californie ont décidé d'abolir tout simplement les primaires traditionnelles. C'est le résultat du référendum dit "Proposition 14", adopté avec une majorité de 54,2%. En conséquence de ce référendum, à partir de l'année prochaine, toute élection locale ou nationale en Californie sera précédée d'une "primaire unique". Les candidats démocrates, républicains ou indépendants y participeront ensemble. Tous les électeurs pourront voter. Les deux candidats ayant reçu plus de votes dans la primaire unique seront sélectionnés pour participer à l'élection véritable, indépendamment du parti auquel ils appartiennent. Ceci vaudra pour sénateurs et députés de l'assemblée locale ainsi que les élus au Congrès de Washington. Seule exception, l'élection du président.

 

C'est un véritable séisme, qui détruit une tradition très ancienne. Dans quel but ? La Proposition 14 a été soutenue pour faire reculer la radicalisation politique. Tant que les primaires se déroulent séparément, dans chaque parti c'est souvent la composante la plus radicale qui gagne. C'est le cas du Tea Party Movement pour la droite : organisé, combatif, voire fanatique, il a réussi dans plusieurs Etats à imposer des candidats extrémistes au Parti républicain. Chez les démocrates, les syndicats et le mouvement radical MoveOn dénoncent la "dérive modérée" de Barack Obama et soutiennent des candidats très à gauche pour les élections de novembre.

Une conséquence de cette polarisation est bien visible dans le paysage audiovisuel. Que l'on regarde tour à tour FoxNews (très à droite) puis MSNBC (la Cable-TV la plus "liberal"), et on a le reflet de deux Amériques qui se détestent sans se comprendre. M. Obama a beau chercher des ententes avec l'opposition - sur la nouvelle réglementation des marchés financiers, sur l'énergie et l'environnement -, il se heurte à un mur.

La primaire unique, telle que l'impose la Californie, pourrait tout changer. Pour gagner à ce jeu-là, les candidats devront convaincre les électeurs modérés, les indépendants, voire les sympathisants du parti concurrent.

C'est une dynamique nouvelle, qui pousse vers le centre. Pour une fois, les chefs des Partis démocrate et républicain sont bien d'accord : ils contestent d'emblée la primaire unique. Leur argument : en effaçant les partis, le nouveau système va accentuer le poids de l'argent, ce seront donc les candidats soutenus par les lobbys à jouir d'un avantage démesuré. Mais les électeurs ont tranché et la primaire unique est loi.

La Californie a déjà été le berceau de quelques révolutions politiques, de gauche (la révolte étudiante de Berkeley en 1964, le mouvement hippy, les premiers écolos américains) et de droite (la révolte contre les impôts et la Proposition 13 qui fixa des contraintes aux prélèvements fiscaux). Cette fois-ci, c'est une "révolution modérée" qui s'annonce.

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