Voici le nom du prochain Premier ministre...

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Par François Lenglet, directeur de la rédaction de La Tribune.

Tout gouvernement, en France, connaît son "tournant de la rigueur". Mitterrand l'avait décrété en mars 1983, deux ans après son élection. Chirac l'avait initié en octobre 1995, moins de six mois après son arrivée à l'Élysée. Sarkozy s'y conforme à son tour, tardivement, à la fin août 2010.

La réunion de Brégançon, où le chef de l'État a convoqué vendredi ses principaux collaborateurs en matière économique, restera comme celle qui a marqué l'inversion des priorités du mandat : ce n'est plus la croissance qu'on va "chercher avec les dents", mais les recettes fiscales. Pour boucler un budget périlleux au moment où la crise mondiale menace de redémarrer.

On pourrait ici brocarder renoncements et révisions d'un homme qui a fait rêver indûment les électeurs avec la "rupture", pour finalement se soumettre à l'arithmétique des comptables. On pourrait au contraire saluer le courage d'un président qui n'hésite pas à dire la vérité, fût-elle désagréable, alors qu'il est à la veille de s'engager dans la bataille politique pour se faire réélire.

La vérité est ailleurs, et elle est toute simple : la France, les Français et leurs dirigeants n'ont plus guère le choix. C'est ce que vient de rappeler l'agence de notation Moody's, avec la délicatesse qui la caractérise, en pointant les risques financiers qui s'accumulent dans les grands pays occidentaux. Il nous aura fallu trente-cinq ans de déficits et une crise hors de proportion pour nous rendre à cette évidence qu'on ne peut durablement dépenser plus qu'on ne gagne.

La politique au temps de Brégançon, ça n'est plus des plans sur la comète, mais une longue série d'additions. Ou plutôt de soustractions. La contrainte budgétaire va désormais ombrer toute l'action gouvernementale. Nul besoin d'attendre le prochain remaniement imminent pour connaître le nom du prochain Premier ministre : c'est monsieur Moody's. Et il est là pour longtemps.

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