Les erreurs américaines coûtent cher à Obama

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(Crédits : dr)
Par Florin Aftalion Professeur émérite à l'Essec.

Les États-Unis souffrent d'une croissance anémique qui se traduit par la stagnation du chômage à un niveau élevé. Le plan de stimulation annoncé par le président Obama dès son arrivée à la Maison-Blanche a visiblement échoué. Son seul résultat tangible est un ralentissement de la croissance et un fort alourdissement de la dette fédérale. Dans ces conditions, que peut encore faire Washington ?

La relance par la dépense ayant atteint ses limites, l'administration américaine semble ne plus se reposer que sur sa banque centrale ? la Fed ? qui, contrairement à la Banque centrale européenne, n'a pas comme seul objectif de contrôler l'inflation ; elle doit aussi favoriser la croissance. Traditionnellement, pour dégripper la machine économique ses interventions ont consisté à agir sur la masse monétaire. Pour ne pas l'avoir fait au cours des années 1930, l'Amérique s'est enfoncée dans la Grande Dépression. Ben Bernanke, un connaisseur particulièrement averti de cette période, a dès le début de la crise actuelle injecté des quantités gigantesques de capitaux dans le système bancaire. Aussi la masse monétaire américaine (dans ses différentes définitions) a-t-elle crû rapidement, du moins jusqu'à l'été 2009.

Depuis cette date, elle stagne et ce malgré les achats considérables d'obligations du Trésor par la Fed. Achats qui n'ont plus pour effet que de gonfler les réserves excédentaires des banques à des niveaux encore jamais atteints et de pourvoir les entreprises de masses inutilisées de liquidités. Ainsi, la masse monétaire ne progresse plus, car la demande de monnaie (ou de crédits) est paralysée.

Les raisons de cette apathie économique tiennent aux incertitudes caractéristiques de la politique du président Obama. La campagne électorale ayant retardé le vote du budget 2011, les Américains ne connaissent pas les taux des impôts qu'ils auront à payer l'an prochain. Les réductions fiscales votées il y a six ans sous la présidence Bush venant à expiration fin 2010, trois scénarios sont envisageables. Celui que préfère sans doute le président Obama consisterait à prolonger les réductions de l'impôt sur le revenu sauf pour les couples gagnant plus de 200.000 dollars par an. Les « riches » paieraient ainsi les débordements financiers des démocrates au pouvoir. Mais comme de nombreuses petites entreprises américaines pratiquent la transparence fiscale, les augmentations d'impôts pèseraient lourdement sur elles, donc sur la croissance.

Le second scénario verrait toutes les réductions fiscales du président Bush annulées. Compte tenu des hausses de cotisations entraînées par la réforme du système de santé, ce scénario imposerait à l'Amérique la plus forte augmentation de prélèvements obligatoires de son histoire. Les conséquences économiques en seraient dramatiques. Enfin, le troisième scénario consisterait à reconduire intégralement les réductions de l'ère Bush. Favorable à la croissance, ce scénario freinerait la réduction du déficit budgétaire. Et soulèverait sans doute la colère de l'aile gauche du Parti démocrate.

Dans l'expectative du vote sur le budget, l'incertitude fiscale induit l'attente aussi bien chez les particuliers qui hésitent à consommer que chez les entrepreneurs qui temporisent avant d'investir. De son côté, la Fed, en annonçant un nouveau programme d'achats d'obligations du Trésor ajoute à la perplexité des Américains. Elle fait, en effet, grossir encore son bilan déjà hypertrophié sans que le public sache exactement comment elle compte le faire revenir à une taille acceptable le jour où, la croissance revenue, la demande de monnaie repartira. Ce jour-là, l'expansion de la masse monétaire américaine deviendra impossible à maîtriser et une inflation incontrôlable s'ensuivra. En attendant, que faut-il craindre le plus : la déflation contre laquelle la Fed prétend lutter ou l'inflation qui se profile à l'horizon ?

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