Le saut d'obstacles de la PAC

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Par Pierre-Angel Gay Directeur adjoint de la rédaction

C'est, après le sauvetage de l'euro, l'autre dossier chaud des Vingt-Sept. La Commission européenne a esquissé, jeudi, son projet de réforme de la politique agricole commune (PAC), après 2013. Esquissé est le mot, tant le scénario privilégié par le commissaire roumain Dacian Ciolos en faveur d'une agriculture « plus écologique, plus équitable, plus dynamique et plus efficace » est vague. Le texte ne dit rien de l'effort financier que l'Europe devra assumer, alors qu'elle consacre aujourd'hui plus de 55 milliards d'euros par an à la PAC, 40 % du budget communautaire. Or, cette question financière est d'autant plus centrale que les professionnels savent bien que les dépenses agricoles de l'Europe seront à l'avenir, au mieux égales, au pire sensiblement inférieures. Et qu'avec 11 milliards d'euros d'aides annuelles, les paysans français en sont pour l'instant les premiers bénéficiaires. La France joue donc gros face aux pays libéraux, Royaume-Uni ou Pays-Bas, rejoints par des États, comme l'Autriche, qui souhaitent en ces temps de disette budgétaire un allégement de la facture. Tactiquement, Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture, a plutôt bien joué jusqu'ici. Paris et Berlin ont paraphé, mi-septembre, une position commune qu'ils ont su faire partager à une majorité d'États membres. Et la France câline avec constance Dacian Ciolos qu'elle a contribué à faire nommer. Les réactions prudentes et positives du ministre et de la FNSEA, le principal syndicat agricole national, l'ont encore montré jeudi. Et c'est tant mieux. Car, sur le fond, le handicap à surmonter reste important. Paris, qui avait su faire adopter, par une Europe naissante, une politique agricole favorable à ses intérêts, s'est ensuite crispé pendant des décennies sur ses avantages, sans se préoccuper, ni de leur obsolescence, ni des changements de rapports de force au fil des élargissements successifs. Cela a contribué à dévaloriser l'autre pilier de la PAC, ces instruments de gestion des marchés agricoles indispensables pour stabiliser les prix. La politique agricole commune doit sauver non seulement son budget, mais aussi son esprit.

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