Entreprises, ne perdez pas vos actionnaires !

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DR (Crédits : A.Charlotte LAIR)
Combien de temps faudra-t-il à la France pour reconnaître la valeur de l'actionnariat individuel ? N'attendons pas que le modèle arrive des États-Unis, qui viennent de faciliter la nomination d'administrateurs présentés par les minoritaires.

La réglementation de Bâle III devrait conduire les organismes financiers à se désengager du capital de certaines sociétés cotées ; la réforme des retraites devrait amener les Français à investir pour le long terme et à retrouver le chemin des actions. Dans ce contexte, la France a une chance historique de donner une nouvelle vigueur à l'actionnariat individuel.

À condition de ne pas répéter les erreurs passées. Car voilà : quinze ans après les grandes privatisations qui leur ont amené plusieurs millions d'actionnaires individuels, les sociétés cotées sont toujours aussi gauches quand il s'agit de se prononcer sur leur stratégie actionnariale, toujours aussi peu capables de définir le rôle de cette espèce particulière d'investisseurs. Ce débat mine le capitalisme français depuis des années. Dans les années de privatisations, l'objectif affiché par les banquiers comme par les émetteurs était clairement de séduire le plus grand nombre - ce qui est à peu près aussi pertinent que de juger du succès d'une introduction en Bourse à l'aune du seul taux de sursouscription de l'offre ! Le choix d'une véritable stratégie actionnariale était alors rarement un sujet. Il y a bien eu quelques batailles boursières pour démontrer l'utilité d'un volant d'actionnaires individuels, mais la crise est passée par là. Résultat, à ce jour : 6,7 millions d'actionnaires, souvent « collés » à leurs titres, dont l'information imposée par la loi est assurée bon an mal an, parfois avec les moyens nécessaires, mais trop souvent sans la détermination venue du sommet.

Les propositions de notre livre blanc, présentées il y a un an lors du Salon Actionaria à Christine Lagarde et à l'ensemble des parties prenantes, n'avaient d'autre objectif que de redonner du sens et un dynamisme à cette composante essentielle de notre capitalisme. Un an après, rien n'a changé, au contraire ! Les trois grandes lois votées récemment (PLF, réforme des retraites, PLFSS) sont toutes allées dans le sens d'un alourdissement de la fiscalité sur les actions - autant de mesures paradoxales dans un contexte d'assèchement du crédit pour une certaine catégorie d'entreprises.

La place de Paris est restée étonnamment inactive. Les réseaux bancaires ne semblent pas non plus avoir saisi l'occasion d'assurer une pédagogie éclairée sur l'investissement en actions. Pendant ce temps, nos millions d'actionnaires ont évolué de façon irréversible. Ils ont gagné une maturité personnelle, une culture économique et une compétence à communiquer par réseaux sociaux et associations interposés. Si l'entreprise n'en tient pas compte, ils se radicaliseront ou ils partiront.

Aujourd'hui, la balle est dans le camp des sociétés cotées. Elles seules sont capables de retenir leurs actionnaires et de les transformer en millions d'ambassadeurs actifs de leurs entreprises. Mais elles doivent tenir compte des expériences passées. Pourquoi traiter si différemment investisseurs professionnels et particuliers, qu'ils soient individuels ou salariés d'ailleurs ? Parce qu'ils sont moins puissants ? Voire. Dépassons le cliché de l'actionnaire « petits fours, cadeau », impliquons-le dans le projet de nos entreprises. Une des clés réside dans le contenu de l'information délivrée à ces partenaires de long terme : au-delà de l'information financière, il faut désormais communiquer sur la dimension extra-financière, sur le capital immatériel, sur tout ce qui concourt à la valeur de l'entreprise dans sa globalité - y compris la qualité de la gouvernance. Tout dirigeant a un jour croisé le fer avec la logique implacable, la passion engagée d'un actionnaire individuel qui s'implique dans sa participation avec la conscience et la constance d'un grand investisseur. Vous disposez potentiellement d'une armée de chevaliers blancs aux exigences immatérielles. Car qu'exigent-ils au fait ? Cohérence de la stratégie, respect des engagements, qualité de la réputation, des valeurs auxquelles ils puissent adhérer. Oui, l'actionnariat individuel est un choix, un investissement, une stratégie de long terme, et c'est une composante majeure de la responsabilité de l'entreprise. Ce sont vos actionnaires individuels qui vous montrent le chemin. Ouvrez-leur donc la porte.

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