Les équilibristes du cirque de Pékin

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Par Jean-Louis Alcaïde, rédacteur en chef à La Tribune

L'habileté des jongleurs, des trapézistes et autres funambules du cirque de Pékin est réputée dans le monde entier. Celle des responsables de la politique économique chinoise n'a rien à leur envier. Depuis plusieurs mois, ils se livrent avec un art consommé à un savant numéro d'équilibrisme, marchant sur un fil tendu entre forte croissance et surchauffe de l'économie. Samedi, la banque centrale de Chine a donc augmenté ses taux d'intérêt sur les emprunts et les dépôts d'un quart de point (0,25 %) pour la deuxième fois en trois mois (et la seconde en trois ans) les portant à 5,81 % et 2,75 % respectivement. Ce resserrement de la politique monétaire est officiellement destiné à lutter contre l'inflation et la flambée des prix de l'immobilier. Une flambée alimentée par l'injection massive de liquidités dans l'économie depuis deux ans...

Et de fait, la machine tourne bien : le taux de croissance chinois a encore atteint 9,6 % au troisième trimestre 2010 (par rapport à la même période de 2009) et la production industrielle devrait avoir augmenté de 15 % en 2010. Revers de la médaille en rythme annuel, la hausse des prix est passée de 4,4 % en octobre à 5,1 % en novembre. Le caractère "zhang" - ou "la hausse" (des prix) - s'est installé au coeur des préoccupations des Chinois, notamment mécontents de l'explosion des prix des denrées alimentaires (responsables aux trois quarts de l'inflation) : le coût moyen de 18 variétés de légumes dans 36 villes a augmenté de 62,4 % en un an. Or de nombreux experts, y compris chinois, jugent que l'inflation réelle est supérieure aux chiffres officiels... Pour détendre les tensions inflationnistes, une autre solution - toujours promise, toujours remise - serait de réévaluer le yuan. Cela diminuerait le coût des importations mais donnerait un coup de frein aux exportations. Pour l'heure, les artistes de Pékin ont choisi les taux d'intérêt élevés pour calmer les prix. Mais cela va forcément prendre du temps et peut s'avérer dangereux : plus qu'une montée du chômage, le dérapage des prix peut faire perdre l'équilibre aux funambules les plus avisés. Et faire trébucher l'économie mondiale. 


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