Les retraités veulent de l'argent, pas des haricots

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Par Jacques Garello, Professeur à l'université Paul Cézanne (Aix-Marseille III)

J'ai lu avec intérêt la chronique d'Alain Madelin dans « La Tribune » du 29 novembre, qui reprend le thème majeur du livre qu'il a écrit avec Jacques Bichot prônant la retraite par points et la technique des comptes notionnels. Je lui reconnais une grande lucidité dans l'analyse des insuffisances de la réforme récente qui devra être remise en chantier très vite, car elle ne règle rien. Trop modeste et prudente par rapport aux déficits actuels et futurs, elle s'inscrit toujours dans la logique de la répartition, forcément explosive dans un pays vieillissant, avec toujours plus de retraités et toujours moins de cotisants. Sur ce point, je suis en plein accord avec Alain Madelin : nous ne pouvons nous contenter de quelques arrangements paramétriques, nous avons besoin d'une réforme systémique.

La substitution (ou l'accompagnement) du système actuel de répartition, Alain Madelin la cherche du côté de la réforme par points. À juste titre, il constate que l'idée fait son chemin, se félicite de voir la CFDT, Jacques Attali, Thomas Piketty voire le Parti socialiste rejoindre un projet qu'il a lancé dès 2004. Il rappelle qu'il existe déjà des éléments de ce système avec les complémentaires (Agirc, Arrco). Et cite les mesures prises par des pays comme la Suède. Mais cette transition est-elle la bonne ? Son seul point positif : la possibilité offerte aux futurs retraités de capitaliser des points, en les achetant ou en cotisant plus longtemps. D'où une retraite à la carte, personnalisée et responsable, choisie et non plus subie. Mais, à mes yeux, la retraite par points est une tromperie qui distrait l'attention de ce qu'est la véritable transition : la capitalisation financière.

La tromperie est visible, il n'est qu'à relire Alain Madelin : « La valeur d'un point serait déterminée en fonction des recettes des caisses. Seul l'argent disponible serait distribué. » C'est clair, et c'est dramatique : le retraité ne connaîtra le montant de ses droits que le jour de son départ, et il ne touchera que l'argent disponible. Il aurait été plus simple de dire : on ne peut rien vous dire sur votre retraite, on fera pour le mieux, vous aurez ce qui restera dans la caisse. Les points accumulés s'assimilent ainsi à des haricots. Certains auront sans doute plus de haricots que les autres, mais ce seront des haricots à valeur inconnue. Cette façon de traiter le problème est propre à tous les systèmes appelés en langage savant « à cotisations données » : on sait ce que le cotisant doit verser, mais ignore le bénéfice qu'il en tirera. Par contraste un système « à bénéfices donnés » engage l'assureur sur un montant donné de retraites (ou au moins sur un minimum).

La vraie transition, que je détaille dans l'ouvrage écrit avec Georges Lane (« Futur des retraites & retraites du futur », IREF 2008-2009), consiste à capitaliser non pas des points mais de l'argent. Les cotisations sont versées à un fonds qui gère l'argent, le fait fructifier, chaque futur retraité disposant d'un compte personnel (qu'il peut abonder au-delà des cotisations) dont il connaît sans cesse la position et le montant des retraites qu'il lui garantira le jour venu. Le seul point délicat est de gérer la transition de la répartition vers la capitalisation, car il n'est pas question de faire perdre de l'argent à ceux qui sont engagés (malgré eux) dans le système actuel : on continuera à honorer les droits acquis (ce que ne fera pas la Sécurité sociale) et on épongera peu à peu cette dette sociale. Le choix pouvant être entre une liquidation rapide (25 ans) de la répartition ou une lente extinction (jusqu'à 91 ans). Ce défi peut être relevé, comme l'ont montré le Chili, l'Australie et en grande partie (50 % des retraités) l'Angleterre. La capitalisation a conquis, au moins en partie, plus de vingt pays. Grâce à son rapport spectaculaire (placée à 4 % l'an, une somme double de valeur en 14 ans et triple en 22 ans). Et parce que l'argent placé, injecté dans l'économie, accélère la croissance alors que, dans la retraite par points ou par répartition, l'argent sort de la caisse aussi vite qu'il y est entré.

Alain Madelin dénonce à juste titre le modèle Madoff sur lequel est fondée la répartition, pourquoi ne pas faire la moindre allusion à la vraie capitalisation ? Il ne faut pas s'attarder aux fausses transitions. L'ouverture à la capitalisation, c'est la redécouverte de l'épargne, de l'effort personnel, de la responsabilité : le pays en a grand besoin. Vivement cette autre réforme, la vraie !


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