L'enjeu des nouveaux réseaux électriques

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Par Jean-Marc Ollagnier, directeur général du secteur énergie et ressources naturelles d'Accenture en Europe

Avec plus de 90 projets pilotes aujourd'hui à travers le monde, gouvernements et entreprises du secteur de l'électricité semblent prêts à entrer dans l'ère des réseaux intelligents ou « smart grids ». L'Europe mobilise ainsi plusieurs milliards des plans de relance économique à la transformation de ses infrastructures électriques. Mais si la plupart des projets dans le monde ont été couronnés de succès, certains acteurs continuent de s'interroger sur l'équation économique de l'investissement. Pourtant, les réseaux intelligents sont incontournables sur la voie d'une économie propre. Non seulement parce qu'ils facilitent l'intégration d'énergies distribuées et renouvelables, mais également parce qu'ils permettent une gestion plus intelligente de la consommation d'électricité. Les « smart grids » ont donc un impact à la fois sur l'offre et la demande d'électricité.

Les gouvernements sont prêts à les soutenir, mais les motivations varient toutefois suivant les pays. En Chine, par exemple, plus de 5 milliards d'euros auront été investis en 2010, essentiellement pour accompagner l'extension des infrastructures avec la croissance économique. Aux États-Unis, une enveloppe d'un montant similaire a été dépensée cette année dans l'objectif de moderniser une infrastructure devenue obsolète. En Europe, enfin, l'aide publique vise d'abord à promouvoir les énergies renouvelables et la réduction des émissions de CO2. L'effort financier a atteint 587 millions d'euros en Espagne en 2010, 291 millions en Allemagne et près de 195 millions en France. Compte tenu de la directive européenne imposant le déploiement de compteurs intelligents chez 80 % des foyers à l'horizon 2020 et des financements accordés à de nombreuses villes d'Europe, les projets pilotes devraient continuer à fleurir.

L'étude menée par Accenture pour le Forum économique mondial montre toutefois que, dans certains pays, les opérateurs sont incités à investir dans les réseaux intelligents, alors que la réglementation en place n'est pas propice aux expérimentations de nouveaux modèles économiques. En d'autres termes, on leur demande de contribuer à la réduction de la demande énergétique sans modification d'un modèle qui incite les producteurs à commercialiser davantage. Dans d'autres cas, les avantages réglementaires ne sont pas toujours à la hauteur des risques d'investissement associés aux « smart grids ». En particulier, dans les marchés européens, où la séparation entre les activités de production et de distribution d'électricité est plus marquée qu'ailleurs, les entreprises qui supportent les risques ou les investissements peuvent craindre de voir une partie de leurs efforts profiter à d'autres.

Une certitude demeure : les opérateurs doivent mettre à profit ces projets pilotes pour partager leur expérience avec les régulateurs et, ainsi, aider à faire évoluer le cadre réglementaire. L'enjeu pour les consommateurs est d'une tout autre nature, car le changement vers une moindre consommation de carbone va demander une modification de leurs comportements. Si l'Europe est fermement décidée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à miser sur les énergies renouvelables, les usagers ne sont pas pour autant disposés ou aptes à revoir leurs habitudes de consommation. Les « smart grids » leur donnent certes des moyens techniques d'y parvenir, mais la technologie ne suffit pas, comme le prouvent plusieurs programmes pilotes. Certains projets se sont d'ailleurs heurtés aux réticences des régulateurs, qui doutaient de leur intérêt pour le consommateur, voire au scepticisme des clients eux-mêmes, qui n'en appréciaient pas nécessairement les avantages.

Il est clair que les opérateurs devront assortir leurs déploiements technologiques de campagnes de sensibilisation plus efficaces. De même, il leur faudra communiquer très en amont avec les consommateurs afin de les rassurer sur les questions de facturation et de confidentialité des données. Plus important encore, les opérateurs devront s'attacher à réviser les modèles économiques existants, essentiellement axés sur un marché de masse, afin de tenir compte de la diversité des attentes des consommateurs et d'y répondre.

Lors de l'avènement du haut débit en Europe, les acteurs des télécoms ont dû faire face à des obstacles humains et réglementaires importants. Et la France est l'une de celles qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Nul doute, étant donné l'avancée des projets pilotes dédiés aux « smart grids », que le secteur de l'électricité saura également relever le défi.

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