Thales, la menace du "tire et oublie"

Par Olivier Provost, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.
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DR (Crédits : Albert Caen)

Qui s'en souvient ? En décembre 2000, l'un des plus beaux noms de l'industrie de défense française, l'électronicien Thomson-CSF, issu de l'aventure industrielle et technologique franco-américaine de la fin du XIXème siècle (!) avec la compagnie Thomson-Houston, ancêtre de tant de nos fleurons (Alstom, Alcatel-Lucent, Nexans, Technicolor...), cède la place à une "néo-marque" aux consonances à la mode, Thales.

L'adoption du patronyme du premier philosophe, scientifique et mathématicien grec, inspirateur du fameux théorème géométrique sur les triangles qui a empoisonné la vie de générations de collégiens, vise à tourner la page sulfureuse de la vente des frégates à Taïwan qui a terni les relations entre Paris et Pékin et à abandonner un nom trop lié dans l'imaginaire français à la maladroite sortie du Premier ministre d'alors, Alain Juppé, disant que Thomson (il s'agissait en réalité de la société soeur, celle de l'électronique grand public) ne valait plus qu'un franc symbolique...

Là encore, qui s'en souvient aujourd'hui ? Tout comme de la bataille homérique entre Matra Lagardère (future partie d'EADS) et le tandem Alcatel-Dassault pour racheter un Thomson-CSF promis à la privatisation... Aujourd'hui, voilà Thales, pourtant premier groupe européen d'électronique de défense, qui a su faire du monde entier, un fructueux terrain de jeux, fragilisé par un management contesté, par un actionnariat dont on attend une stratégie claire, par des menaces de réduction des budgets militaires partout en Occident. Les avions emportent souvent des missiles baptisés "fire and forget", tire et oublie. Il serait bon que Thales, grand acteur de ce type de matériel et fort de près de 70.000 salariés dont plus de 30.000 en France, ne se voit pas appliquer ce type de doctrine.

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