Le Conseil national du numérique, une vraie chance à saisir

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Par Cyril Zimmermann, fondateur et PDG du groupe Hi-media.

Je suis généralement assez méfiant vis-à-vis de la création d'organismes consultatifs et autres machins. A fortiori, lorsque cela concerne le numérique, mon scepticisme ne fait que croître : pourquoi donc précipiter le monde numérique, son dynamisme et sa spontanéité au sein d'une nouvelle comitologie à la française ? Pourtant, c'est justement cette vitesse d'évolution du numérique qui tend parfois à la course folle, qui rend peut-être nécessaire la création d'une telle structure. Cette vague numérique qui n'en finit pas de tout engloutir depuis quinze ans mérite à mon sens un peu de sédimentation de la réflexion ainsi que de la pédagogie. Et dans cette optique, l'idée émise par le président de la République, Nicolas Sarkozy, de créer un conseil national du numérique pourrait être une véritable opportunité. Encore faut-il que des conditions particulières soient réunies pour garantir son succès.

La première condition de réussite, c'est son positionnement : il ne doit être ni une force de lobbying ni une instance à vocation quasi réglementaire. Le Conseil du numérique n'a pas vocation à se substituer au régulateur mais doit éclairer les pouvoirs publics et le législateur. Pour cela, il faudra que la saisine de ce conseil soit bien rendue obligatoire par les textes. Un avis obligatoire et respecté n'en est que plus pesé, concerté et motivé.

La deuxième condition, c'est de concilier les attentes des professionnels et la demande sociale. Il est nécessaire de maintenir un lien fort et direct avec les sujets de débat et les problèmes à résoudre. Ainsi, il pourra à la fois répondre à des questions immédiates, et analyser les évolutions plus profondes de la société sous l'influence de la révolution numérique, que ce soit en termes de moeurs, d'usages personnels, de pratiques d'affaires, etc.

La troisième condition, c'est que le Conseil national intègre pleinement la dimension et les usages internationaux, comme clé de compréhension de nos propres mutations et comme vecteur d'influence pour notre propre vision du numérique. Certes, il est évident qu'un Conseil national doit traiter des problématiques hexagonales. Mais Internet balaie les territorialités : que serait un Conseil national du numérique qui reste à l'écart des influences étrangères ? Cela ne veut pas dire pour autant qu'il ne doit être qu'un lieu d'information sur les expériences étrangères ! Il doit aussi essayer d'exporter une vision française de ce que doit ou peut apporter le numérique à l'être humain, dans une approche qui ne sépare pas l'économique, le social et le culturel. Le Conseil national doit donc avoir la capacité de conserver une vision globale en entendant régulièrement des intervenants d'autres pays. Bien sûr, son lien avec les autorités européennes doit être particulièrement étroit, pour que ses recommandations s'inscrivent dans le cadre de la production normative européenne. Mais, plus spécifiquement, recevoir par exemple des représentants des pays scandinaves où les usages sont plus développés me paraît indispensable. Et, au-delà de l'Europe, il est évident que des liens avec des "think tanks", des acteurs économiques ou politiques américains, japonais, indiens, chinois et brésiliens sont nécessaires. Le Conseil national du numérique serait donc également un formidable outil de veille, autant qu'un instrument d'influence.

Ces trois conditions commandent la composition de l'entité. Il doit s'agir de dirigeants d'entreprises, d'économistes, de sociologues, de juristes, de philosophes ou de représentants des usagers en mesure de couvrir aussi bien les questions liées au monde des affaires et à l'innovation que les sujets relatifs au bien-être des usagers. Et ces personnalités doivent également avoir une audience ou une assise internationale. En respectant ce cahier des charges, ce conseil pourrait permettre à nos concitoyens d'apprivoiser (au sens du renard du "Petit Prince") la révolution numérique, pour qu'elle ne soit pas source d'angoisse, mais produise tous ses effets bénéfiques. Enfin, pour que le Conseil national du numérique soit efficace et pour qu'il ne soit pas confisqué par différents lobbies, prévoyons-lui une durée de vie limitée et courte. Donnons-lui cinq ans avant d'évaluer ses apports et de réfléchir à la forme qui correspondra le mieux à une société qui aura pleinement intégré le numérique.

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