L'Europe en pleine révolution

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Avec la crise, de nombreux tabous qui paralysaient les prises de décision de l'Union, sont tombés. Une véritable gouvernance, inimaginable voilà quelques mois encore, est désormais en marche. Reste à trouver un leadership.

A sa manière, l'Europe aussi est en pleine révolution. Depuis quelques mois, la dictature de l'égoïsme national capitule dans presque tous les domaines. Les unes de journaux qui se focalisent sur les "Vingt-Sept divisés" ne sont que l'arbre cachant la forêt. Derrière, malgré quelques éclats de voix, l'intégration européenne avance à toute allure et brûle même les feux rouges.

Pendant quinze ans, les débats et blocages autour du règlement d'ordre intérieur de l'Union ont essentiellement porté sur des points de principe. Un luxe que l'on ne peut plus se permettre en temps de crise. "Il y a un an et demi, il n'était pas dit que l'on arriverait à faire tout ceci !", s'est exclamé Nicolas Sarkozy samedi dernier, aux petites heures, à l'issue d'un sommet de la zone euro. De nombreux tabous sont tombés. Quand il s'agit de sauver un pays européen de la faillite ou même de protéger notre monnaie, la susceptibilité mal placée ne résiste plus au pragmatisme.

Au début de la crise de la dette, les règles interdisaient à la zone euro de venir en aide à l'un des siens. Les dirigeants européens ont d'abord contourné cette règle en accordant des prêts bilatéraux à la Grèce, puis ils l'ont subtilement transgressée en créant un fonds de secours temporaire qui a servi pour l'Irlande. Ils ont finalement décidé de modifier le traité pour mettre en place un fonds de solidarité permanent. Bien entendu, à Bruxelles, les dirigeants européens, à commencer par la chancelière allemande Angela Merkel, doivent donner le change à leurs électeurs en agitant les bras devant les caméras, en promettant notamment des sanctions lourdes pour les futurs pays laxistes, mais la longue marche est en cours.

Les Européens agissent désormais comme une vraie famille : ils se prêtent de l'argent, estiment avoir un droit de regard sur les choix de vie des autres et n'hésitent plus à se dire leurs quatre vérités. Jusqu'ici, l'Union économique et monétaire sautillait à cloche-pied car il lui manquait sa jambe économique. Mais la crise a révélé au grand jour que cela ne pouvait plus durer. Les Vingt-Sept ont décidé de coordonner leurs budgets nationaux à travers le semestre européen, malgré certains hurlements dans les capitales devant cette perte de souveraineté économique. Le week-end dernier, les dirigeants de la zone euro ont pactisé et mis en oeuvre une véritable gouvernance économique. Les Dix-Sept ont accepté de concevoir ensemble leurs politiques sur les salaires ou les retraites, jusque-là des compétences exclusivement nationales.

Des avancées tout simplement inimaginables il y a encore quelques mois. Vue de l'extérieur, l'Europe semble empêtrée dans ses querelles internes. Certes, sur chaque question, il faut discuter, confronter les points de vue. Et à vingt-sept, il y en a toujours un ou deux qui ne sont pas d'accord. C'est le prix de la démocratie. Mais la différence aujourd'hui, c'est que l'Europe ne se laisse plus immobiliser par ceux qui bloquent. Les pays qui veulent travailler ensemble vont de l'avant, comme sur les brevets ou même les questions fiscales, sachant pertinemment qu'à un moment donné, les opposants, isolés, finiront par devoir les rejoindre.

Dans quasiment tous les domaines, l'Europe est devenue le niveau d'action le plus pertinent. Un signe qui ne trompe pas : fin février, lors de son allocution télévisée solennelle sur la crise libyenne, Nicolas Sarkozy a annoncé avoir demandé à l'UE un sommet extraordinaire pour décider d'une stratégie commune. "Avant, la France faisait semblant de faire des rodomontades en disant : on va régler tout ça tout seul", reconnaît Laurent Wauquiez, ministre chargé des Affaires européennes. "A présent, on a un président qui assume un discours européen et qui dit : on va mettre des idées sur la table mais ça ne se gérera qu'au niveau européen." En clair, la France avoue désormais ouvertement son impuissance face aux Etats-Unis, la Chine, l'Inde ou le monde arabe. Mais elle présente l'Europe comme un multiplicateur de puissance.

A ce stade toutefois, l'ensemble manque cruellement de leadership. Herman Van Rompuy, à la tête du Conseil européen, a toutes les qualités d'un excellent secrétaire général oeuvrant en coulisse, mais pas celles d'un président volontaire. Ce sont les Vingt-Sept qui en ont voulu ainsi. La déception que suscite l'Europe actuellement n'est en fait que le reflet des attentes qu'elle génère. Ainsi, à l'issue de la révolution culturelle  qui est en cours, lorsqu'une figure charismatique européenne apparaîtra, et cela arrivera, l'Union deviendra un acteur mondial incontournable au sein d'un "G3", aux côtés des Américains et des Chinois.

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