Une Chine en ébullition... mais silencieuse

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Le monde est en ébullition. La planète explose. De toutes parts. Et pourtant la Chine est incroyablement absente de la scène internationale, économique, financière et politique. On ne peut pourtant pas penser que la situation chez son voisin japonais ou dans les pays du Golfe producteurs de pétrole soit éloignée de ses préoccupations. La Chine n'est pas intervenue sur le marché des changes pour contrer la hausse du yen avec les autres grandes banques centrales. Elle n'est pas non plus, c'est moins surprenant, intervenue en Libye pour contrer la progression de Kadhafi vers Benghazi. La Chine devait également acheter de la dette grecque, irlandaise, portugaise ou espagnole. Rappelez-vous. C'était la grande nouvelle qui avait enthousiasmé les commentateurs il y a quelques semaines... Or, mercredi, les taux des dettes périphériques se sont littéralement envolés et toujours aucun acheteur chinois en vue... La Chine se tait. Elle s'abstient. C'est vrai que c'est son habitude, mais je me demande si, cette fois, ce silence ne cache pas un plus grand malaise.

L'économie chinoise continue à afficher des taux de croissance étonnants, mais on sent pourtant une véritable inquiétude des autorités du pays. L'économie mondiale repart, mais ce n'est pas spectaculaire. Les États-Unis patinent malgré des plans de relance ambitieux et ils vont devoir un jour suivre la voie anglaise, la voie de l'austérité, une voie qui provoquera à court terme une rechute de la croissance. Mauvaise affaire pour les exportations chinoises. Et les soucis du voisin japonais ne vont pas améliorer la situation. La Chine a enregistré son premier déficit commercial depuis près d'un an. 7,3 milliards de dollars. Le déficit le plus élevé depuis 2004.

L'inflation ensuite. L'inflation est LE souci majeur du gouvernement chinois. La population souffre. Pas celle des quartiers résidentiels de Shanghai qu'on nous montre à la télé française. Non. Le milliard d'habitants qui vit sous le seuil de pauvreté et pour lequel la flambée des matières premières alimentaires est une catastrophe. Le taux « officiel » d'inflation publié le 11 mars est de 4,9 % pour le mois de février. Le seuil fixé par le gouvernement est largement dépassé. Et le taux réel d'inflation est plus proche des 10 % que des 4 %. La banque centrale a dû relever ses taux de réserves obligatoires et ses taux d'intérêt à plusieurs reprises. Sans succès. Aucun signe d'accalmie.

J'ai une conviction : la Chine est entrée dans une crise profonde. La Chine est un colosse aux pieds d'argile. Pour relancer son économie après la crise mondiale de 2008, elle a dû investir des montants colossaux et l'impact sur l'économie est largement inférieur aux espérances. Ce plan de relance n'a finalement relancé que l'inflation mais il a plombé les finances publiques, les finances locales et les bilans des banques. Oui je sais, il y a les fameuses réserves de change de la Chine... Mais ces réserves sont contrebalancées par les déficits régionaux et par des dettes bancaires qui ressemblent de plus en plus à des subprimes. Les autorités chinoises ne vont pas pouvoir continuer longtemps à dissimuler la réalité de la situation.

Si la Chine se tait face à ces tremblements de terre dans le monde, c'est aussi parce qu'elle est empêtrée dans une situation économique et financière peu enviable. Il y a un indicateur qui valide mes craintes : la Bourse. L'indice de Shanghai se traîne en dessous de 3.000, alors qu'il valait 6.124 en octobre 2007...

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