Ni pessimiste, ni optimiste, rationaliste !

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Pour renouer avec la croissance économique, la France doit se montrer optimiste, assurent certains essayistes persuadés que le pessimisme ambiant est de nature à bloquer le progrès. Mais c'est surtout de renouer avec une approche rationaliste basée sur l'analyse des faits qui sera le gage d'avancées certes modestes mais réalistes.

La France va-t-elle être submergée par une vague d'optimisme ? Plusieurs livres parus récemment pourraient le laisser croire : "Bonnes Nouvelles des conspirateurs du futur" (Odile Jacob) de Michel Godet, "les Trente Glorieuses sont devant nous" de Karine Berger et Valérie Rabault (éd. Rue Fromentin), deux jeunes femmes à la tête bien faite, qui penchent plutôt à gauche, et "le Fabuleux Destin d'une puissance intermédiaire" (Grasset) de Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, fournissent des raisons de combattre la déprime ambiante en France. Un site, www.tousoptimistes.com, a même été lancé pour fédérer tous ceux qui sont confiants dans un modèle de croissance made in France, tant le pays a (aurait) des ressources potentielles.

Cette vague, qui s'inscrit dans la dynamique de la présidentielle de 2012, répond au reflux de celle du pessimisme qui avait déferlé à partir de 2000 et avait contribué à porter Nicolas Sarkozy au pouvoir avec un programme de rupture et de réformes pour éviter le "déclinisme". Le terme était dérivé du livre phare de Nicolas Baverez "La France qui tombe" (Plon), qui établissait un bilan statistique des maux de la France et justifiait la nécessité d'un changement radical. À relire sa conclusion à présent, il se voulait pourtant optimiste : "Aujourd'hui, heureusement délivrée des vertiges idéologiques, la France doit récuser le conservatisme pour faire le choix de la réforme, sans laquelle une démocratie se flétrit avant de tomber. "

Bref, presque dix ans plus tard, "rien de nouveau sous le soleil ". Car paradoxalement, on retrouve sur le fond les mêmes constats et argumentaires entre optimistes et pessimistes. Seul le moteur de la motivation change : la confiance en soi pour les uns, la peur pour les autres. Or la question n'est pas tant que d'avoir une conviction que de comprendre rationnellement la nature des problèmes. En effet, comme le montre l'ex-journaliste de The Economist, Matt Ridley, dans un best-seller non traduit en français "The Rational Optimist" ("l'optimiste rationnel"), contrairement à l'opinion dominante, le monde dans lequel nous vivons est objectivement bien meilleur que celui dans lequel ont vécu nos aïeux. "Le progrès humain est une bonne chose", assure Ridley qui établit son constat à partir d'un nombre de faits probants. Surtout, il montre que la circulation des marchandises, des hommes et même des idées, comme le préconisait Adam Smith, est le moteur même de l'innovation. S'appuyant sur la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin, qui montre l'adaptabilité permanente des espèces dans le temps, il suggère une intéressante analogie avec les idées, qui, en se confrontant, se fécondent pour trouver des solutions ingénieuses et inédites aux problèmes que rencontre l'humanité. Comme le dit Ridley, "son optimisme n'est pas né de son tempérament ou par instinct, mais en cherchant les preuves, et les données objectives".

Mais la France de Descartes a une curieuse tendance à préférer la magie du verbe plutôt que l'analyse rationnelle des faits. Le rapport à la mondialisation et à l'environnement le montre bien. Ainsi, l'analyste suédois Johan Norberg, dans son "Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste" (Plon), montrait, chiffres et faits à l'appui vérifiables par quiconque sur Internet, que "chaque jour, les choses s'améliorent", ce qui ne veut pas dire que "tout va bien, ni même que tout s'améliore". Il critiquait surtout le biais des antimondialistes : "si on se concentre uniquement sur les cas individuels, on risque de perdre complètement de vue comment un système politique ou économique fonctionne en général et quels avantages il procure à la grande majorité en comparaison avec d'autres systèmes."

Bjorn Lomborg dans "l'Ecologiste sceptique" (Le Cherche Midi, 2001) suivait une démarche similaire en montrant combien le catastrophisme écologiste reposait sur des données biaisées. Comme Norberg, il insistait sur le fait que si la situation de l'environnement s'améliore, cela ne veut pas dire qu'elle va bien. Et Lomborg citait Voltaire, qui à quelqu'un qui lui aurait dit : "la vie est dure", aurait répondu "comparée à quoi ?". Peut-être que la première chose à comprendre est qu'il n'y a pas de France idéale, seulement une situation à améliorer. Une démarche rationnelle peut y contribuer, modestement mais sûrement.

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Commentaires
a écrit le 08/04/2011 à 13:42 :
Enfin un journaliste qui dresse le véritable constat qui est la racine des mots de notre beau pays. Raisonner rationnelement avec des chiffres, et non des sentiments exacerbés, déplacés et subjectifs.
Il faut faire passer le message à vos collègues Monsieur Jules, car même dans les
journaux économiques certains ne l'ont pas encore compris.
Je me rappelle également Arlette Chabot qui dans ses émissions politiques déjà dans la seconde moitié des années 90 fustigeait avec agressivité ses invités dès qu'ils dépassaient la citation de 3 chiffres ... Et je me disais à ce moment là qu'on est bien mal embarqué ... Or si l'on ne cite pas les chiffres, on fait quoi alors ? ....

Bien lancé comme constat. J'espère que vous allez continuer à mener ce combat; car c'est en répétant, répétant, répétant, et encore répétant, ... que ça passera.

Bien à vous
GB

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