Présidentielle : le jeu n'a jamais été aussi ouvert

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Aussi bien Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, le candidat socialiste qu'un Jean-Louis Borloo rassemblant au centre droit pourraient accéder au second tour. Jamais, depuis que le chef de l'État est élu au suffrage universel, l'incertitude n'a été aussi grande à un an du scrutin décisif.

Après l'annonce d'une candidature Hulot, celle de Dominique de Villepin - quasiment actée -, et celle, de plus en plus probable, de Jean-Louis Borloo, combien de candidats comptera-t-on lors du premier tour de l'élection présidentielle ? Et, surtout, lesquels sont susceptibles d'accéder au second tour ? Même les experts les plus sûrs de leur science (politique) affichent, une fois n'est pas coutume, une extrême prudence. C'est que « jamais, à un an d'une élection présidentielle, le jeu n'a été aussi ouvert », affirme le politologue Stéphane Rozès. Bien sûr, nombre de scrutins présidentiels ont réservé des surprises. Les candidats annoncés sur le podium un an avant l'échéance n'y ont pas toujours figuré in fine. On songe notamment à Édouard Balladur, donné gagnant à coup sûr, pourtant éliminé dès le premier tour en 1995 par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Mais, à douze mois du scrutin, les partis pouvant prétendre participer au duel décisif ont toujours été connus. Depuis l'échec de Valéry Giscard d'Estaing en 1981, on annonce un affrontement in fine entre un représentant du Parti socialiste et un élu RPR (puis UMP). Et ce combat a toujours eu lieu, à l'exception notable de « l'accident » de 2002 que nul n'avait évidemment envisagé : l'hypothèse même d'une élimination de Lionel Jospin au soir du premier tour ne pouvait être formulée. La certitude, établie de longs mois avant le scrutin, c'était un combat Jospin-Chirac.

 

Aujourd'hui, nul pronostic de ce genre. Les combinaisons possibles sont multiples. Car, au vu des sondages, trois candidats peuvent d'ores et déjà prétendre accéder au second tour, et un quatrième pourrait s'ajouter, troublant, encore, le jeu. Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et un candidat PS tel que François Hollande ou Martine Aubry sont crédités de scores du même ordre au premier tour, autour de 20 % des voix. Jusqu'à ces derniers jours, une candidature Strauss-Kahn paraissait devoir dominer la concurrence, le directeur général du FMI semblant du reste assuré d'emporter haut la main les primaires. Sa chute récente dans les sondages change la donne. Les primaires au PS sont, de fait, très ouvertes.

En se déportant, avec l'UMP, toujours plus à droite, depuis l'été dernier, Nicolas Sarkozy a ouvert un espace au centre droit. Espace dans lequel s'engouffre aujourd'hui la droite dite humaniste, qui refuse toute idée d'alliance avec le Front national, et défend même l'idée d'un front républicain (mieux vaut élire un socialiste qu'un lepéniste), stratégie récusée par l'hôte de l'Élysée. Voilà pourquoi Jean-Louis Borloo veut croire en ses chances et entend créer une confédération centriste, base d'une future candidature. Celle-ci n'est certes pas encore acquise, mais la possibilité existe assurément pour l'ex-ministre de l'Environnement de rassembler sur son nom un électorat non négligeable de centre droit, ou simplement d'une droite qui ne veut plus entendre parler de Nicolas Sarkozy. D'autant qu'il se dit que François Bayrou serait même prêt à ne pas contrecarrer la montée en puissance de Jean-Louis Borloo, voire à le soutenir. De quoi alimenter les rêves de second tour de l'ex-maire de Valenciennes.

 

À moins que l'actuel chef de l'État ne se recentre, et parvienne à convaincre l'ancien numéro deux du gouvernement de s'asseoir sur ses ambitions présidentielles. Est-ce le plus probable ? À ce jour, c'est la stratégie « Buisson » qui l'emporte, du nom d'un des plus influents conseillers politiques de Nicolas Sarkozy : aller sur le terrain des idées du FN, pour siphonner son électorat, comme cela a pu être fait en 2007. Avec, bien sûr, le risque de banaliser le parti de Marine Le Pen, et par là même le vote en faveur de la candidate frontiste. Un Français sur deux assimile aujourd'hui le FN à un parti de gouvernement...

Selon Stéphane Rozès, Nicolas Sarkozy assumerait et favoriserait même cette montée du FN : il s'agirait en fait d'éliminer le candidat PS dès le premier tour, en le coupant totalement de l'électorat populaire. Une stratégie bien évidemment risquée pour l'actuel président de la République : et s'il se faisait lui-même doubler par Marine Le Pen, au discours plus que jamais orienté vers les classes populaires, et le candidat socialiste ? Se sachant battu d'avance au second tour contre un Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy serait prêt à prendre ce risque et tenterait le tout pour le tout, estime Rozès.

Le résultat pourrait être, à terme, une situation à l'italienne, avec la constitution d'un bloc néoconservateur, constitué de l'UMP et du FN. Que deviendraient alors les centristes ? Tout dépend de l'issue d'une élection présidentielle qui s'annonce riche en suspense.

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