Les réseaux électriques, clé de la transition énergétique de l'Europe

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Par Dominique Maillard, président du directoire de RTE

Près de deux mois après l'incident majeur de Fukushima, l'Europe s'interroge sur son avenir énergétique. Dans quasiment tous les pays de l'Union, les énergies renouvelables sont appelées de leurs voeux par les citoyens, l'éolien et le photovoltaïque étant tout particulièrement plébiscités.

Dès 2007, l'Europe s'était déjà fortement engagée dans cette direction en se fixant un objectif ambitieux de 20 % d'énergies renouvelables et en demandant aux grands réseaux électriques d'accueillir prioritairement les électrons « verts ». Cette réalité prendra encore plus d'ampleur, demain, avec le développement accéléré de l'éolien offshore et l'apparition de « supergrids ». D'ici à 2030, on pourrait ainsi construire en mer du Nord plus de 50.000 MW, soit presque la moitié de la puissance électrique installée aujourd'hui en France, qui devront être raccordés au continent et jusqu'aux lieux de consommation.

 

L'enjeu est de taille. Plus d'énergies renouvelables dans le système électrique européen, c'est un besoin d'infrastructures nouvelles de transport électricité.

Contrairement à une idée reçue très répandue en France, la « massification » de la production d'électricité à partir des énergies renouvelables ne signifie nullement la fin des grands réseaux de transport d'électricité, bien au contraire. L'idée - séduisante - d'une sorte de « modèle » idéal fait d'additions d'autoconsommation locale ne résiste pas à l'échelle du développement, en Europe, de la ressource renouvelable.

Tout le monde le comprend pour l'éolien offshore qui va nécessiter la création de grands réseaux de collecte sous-marins à courant continu et leurs antennes terrestres pour atteindre les centres urbains. Mais il en est de même pour les énergies renouvelables terrestres. L'absence de technologie de stockage à la hauteur des besoins fait des réseaux de transport le facteur de flexibilité le mieux adapté pour ajuster l'intermittence de la production renouvelable à la variabilité de la consommation électrique : à chaque seconde, sous peine de « black-out », la production d'électricité doit correspondre exactement à la consommation. En d'autres termes, il s'agira, demain, de transporter une énergie produite là où les conditions météorologiques le permettent vers les lieux où l'activité économique et humaine en aura besoin, au même moment. Or, ces différents lieux de production et de consommation n'ont aucune raison de coïncider ni de rester « stables » dans le temps. Un réseau de transport maillé fournit donc la réponse adaptée, au moindre coût pour la collectivité.

 

Cette vision globale exige une meilleure coordination européenne dans l'exploitation des réseaux nationaux. Une simple modification de la vitesse du vent en Allemagne du Nord a ainsi, très vite, des impacts sur la circulation des électrons dans toute l'Europe. Il faut donc anticiper les risques de déséquilibres entre pays et mieux coordonner les actions des différents gestionnaires de réseau pour garantir la sécurité d'approvisionnement. C'est pour développer cette coordination qu'a été mis en place, fin 2008, Coreso, le premier centre de coordination aux réseaux français, belge, britannique, italien et de l'est de l'Allemagne.

Mais cela ne suffira pas. L'autre grand défi, c'est le développement du réseau de transport lui-même, qu'il faut adapter aux modifications structurelles du parc de production électrique. L'heure est donc aux investissements. L'association européenne des gestionnaires de réseaux de transport électriques (ENTSO-E) estime que, pour les seuls projets d'intérêt européen, 23 à 28 milliards d'euros d'investissements seront nécessaires dans les cinq ans, dont plus du tiers pour intégrer les énergies renouvelables.

Outre les enjeux techniques et financiers, la vraie nature de ce défi est démocratique. La création de nouvelles lignes électriques est devenue un vrai « parcours du combattant ». L'empilement des procédures fait que les projets les plus nécessaires peuvent prendre dix à vingt ans. En Allemagne et en Espagne, le développement des réseaux est désormais perçu par tous comme une condition absolument nécessaire au développement des énergies vertes. À titre d'exemple, la loi allemande EnLAG, entrée en vigueur en août 2009, a accéléré la mise en place de 24 projets prioritaires de lignes à très haute tension. La chancelière Angela Merkel a rappelé récemment sa volonté, à court terme, de promouvoir une modernisation du réseau électrique pour mieux favoriser le développement des renouvelables.

Nés au début du XXe siècle dans les Alpes ou les Pyrénées, à la faveur - déjà ! - du développement d'une énergie renouvelable, l'hydraulique, les grands réseaux électriques seront à l'évidence au coeur de nos mutations futures, tant en France qu'en Europe.

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