Le paradoxe mortifère de l'euro
Bruno Moschetto
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Lorsque le dollar était au centre du système monétaire international issu des accords de Bretton Woods, un véritable paradoxe avait vu le jour. La banque centrale américaine se portait automatiquement acquéreuse ou vendeuse d'or contre dollar à un cours fixe de 35 dollars l'once - ce qui signifiait que "dollar was as good as gold". Se greffait alors ce que l'on a appelé le paradoxe de l'économiste Robert Triffin : afin que le développement des échanges internationaux dispose de suffisamment de liquidités, à savoir de dollars, il fallait une croissance parallèle des balances dollars détenues par les non-résidents, alimentée par le déficit de la balance américaine des paiements (premier élément du paradoxe). Mais cette création de dollars détériorait d'autant le ratio des encaisses or par rapport à la masse monétaire américaine et, par là, contribuait à la dépréciation de la parité du dollar, étalon monétaire international (deuxième élément du paradoxe).
A l'instar du dollar, on peut constater que l'euro - monnaie de la zone du même nom - est aussi porteur d'un paradoxe mortifère. En effet, si la zone euro est une zone monétaire parfaite et ce, au plan interne et au plan externe et si l'euro est une réussite technique exceptionnelle au plan de cette unité monétaire adoptée par l'ensemble des agents économiques de la zone et gérée avec maîtrise par un système bancaire fédéral, il n'empêche que l'euro est en crise et le scandale semble être arrivé par la Grèce. Et ce, pourquoi ?
Parce que, si la zone euro est une zone monétaire parfaite, elle n'est en rien une zone monétaire optimale. Non seulement les infrastructures sociales (santé-retraites), culturelles (droit-langue) n'ont pas été uniformisées, mais aussi et surtout parce que les superstructures politiques et économiques, naturellement fédérales, ne sont pas au rendez-vous. A une monnaie il faut un Etat, à un Etat il faut un budget. L'un et l'autre, appelés de leurs voeux par les "inspirateurs" de l'Europe sont terriblement absents. D'où l'impasse actuelle.
Bruno Moschetto