SOS lobbyiste battue
Eric Albert
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Il y a des jours où Angela préférerait ne pas se lever. "Je suis humaine, et parfois, je n'ai pas envie de me faire taper dessus", confie-t-elle à La Tribune. Non, Angela n'est ni une femme battue, ni une servante philippine qui travaille en Arabie Saoudite. A 60 ans, elle a la discutable distinction d'être la directrice de l'Association des banquiers britanniques (BBA), qui tenait sa conférence annuelle la semaine dernière. Angela Knight en a pris la tête en avril 2007, quand être banquier était à la mode. Depuis, les choses se sont fortement détériorées. Et à chaque fois, c'est elle qui se voit condamnée à venir défendre les banquiers. Sur la matinale radio de la BBC, elle est devenue une voix connue. Elle écume aussi les plateaux de télévision, exhibant sa collection de vestes blanches ou à fleurs bien taillées.
Les grands patrons des banques britanniques préfèrent généralement se dérober, évitant au maximum de s'expliquer dans les médias. Ils peuvent toujours justifier un emploi du temps trop plein, un voyage à l'étranger, ou des questions de confidentialité. Eric Daniels, l'ancien patron de Lloyds Banking Group, la plus grande banque du pays - qui s'est effondrée avec la crise et est désormais nationalisée à 41% - était ainsi d'une discrétion monacale.
Angela Knight, elle, ne peut y échapper. C'est son travail de lobbyiste. Elle défend le silence des autres banquiers : "c'est vrai qu'ils ne parlent pas beaucoup, mais c'est à cause de l'atmosphère qui règne en Grande-Bretagne. Si c'est pour se faire taper dessus, personne ne se porte volontaire." L'explication en dit long sur l'ambiance qui règne ici. Alors que la colère contre les banques s'est calmée en France ou dans l'ensemble de l'Europe, elle reste très vive dans le pays de la City.
Ana Patricia Botin, la directrice pour la Grande-Bretagne de la banque espagnole Santander, qui s'est installée à Londres en septembre 2010, ne cache pas sa surprise face à ce climat de défiance. Ayant longtemps travaillé aux Etats-Unis, notamment pour JP Morgan, elle s'attendait à un climat décomplexé vis-à-vis des banques. Elle a trouvé au contraire une vive colère : "Cela m'a étonnée, mais c'est compréhensible puisque l'économie britannique a souffert plus que les autres." Pas moins de quatre banques ont dû être nationalisées, pour une facture totale de 140 milliards d'euros.
Eric Albert