Vrais malades et docteurs imaginaires

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Par Eric Chol, rédacteur en chef à La Tribune.

C'est la carte qui fait peur. Un planisphère (*), dessiné par The Economist, comparant les piles de dettes publiques de la planète, pays par pays. En vert foncé, les nations vertueuses. En rouge cramoisi, les États laxistes. C'est, bien sûr, cette couleur qui recouvre l'Amérique du Nord et une large partie de l'Europe. Longtemps, marchés financiers et investisseurs ont joué aux daltoniens. Confondant rouge et vert, ignorant les clignotants des ratios d'endettement publics. Qu'importe le flacon du financement, pourvu qu'on ait l'ivresse de l'argent facile.

La crise grecque a servi d'électrochoc. Ça n'a pas été le seul. Le feu nourri des agences de notation, reines de la rétrogradation, s'abat presque chaque jour sur tous les maillons faibles, de la Grèce aux Etats-Unis. Vendredi, une nouvelle salve viendra des "stress tests". Histoire de faire monter encore un peu plus la température dans la zone euro. Pourtant, les "médecins" de Francfort ou de Bruxelles continuent, eux, de tergiverser. Au point que le sommet européen de la dernière chance, annoncé pour ce vendredi, a du être reporté à la semaine prochaine, faute de solution en vue.

Aux Etats-Unis, "c'est le tic-tac plein de reproches de la pendule de la dette qui fait trembler les murs", écrit l'économiste Paul Jorion. Là-bas aussi, la classe politique perd du temps. Sans être parvenue à esquisser l'accord de la dernière chance, celui qui permettra d'écarter la menace du dépôt de bilan pour la première économie du monde. Europe, Etats-Unis : tous les grands docteurs, par leur manque d'empressement, rappellent le médecin du "Malade imaginaire", invité à se rendre "à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier". Etrange ? Non, explique Toinette, le personnage de Molière, car c'est "pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire pour le guérir".

(*) http://www.economist.com/content/global_debt_clock

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