Sans volonté européenne, la contagion est certaine
Philippe Delienne, président et fondateur de ConvictionsAM
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Philippe Delienne, président et fondateur de ConvictionsAM
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
En ma qualité de président d'une société de gestion pour compte de tiers, mon analyse me porte à croire que les agences de rating ont raison dans leur diagnostic : au Portugal, le système bancaire, de même que les entreprises et les particuliers doivent se désendetter. Ce mécanisme, qu'on ne peut que difficilement contrôler, est toutefois un exercice périlleux puisque les mesures qui l'accompagnent risquent de freiner la consommation et de retarder le retour de la croissance. Le Portugal aura sans doute besoin de nouvelles liquidités d'ici à 2013, ce qui implique, comme dans le cas de la Grèce, une nouvelle aide de l'Europe et éventuellement, un plan de restructuration, avec participation du secteur privé.
Même si la situation est différente dans les autres pays européens, les agents intègrent la probabilité même faible d'une restructuration coûteuse de la dette, et les taux ont augmenté non seulement dans les pays considérés comme les plus faibles (Irlande, Espagne) mais aussi pour d'autres jusqu'alors peu touchés mais dont l'endettement est si important que le niveau des taux d'emprunt prend le pas sur tous les efforts économiques (Italie). Cette hausse des taux dégrade les conditions de financement des États sur les marchés. Elle complique l'assainissement des finances publiques pour l'ensemble de la zone euro.
De nouvelles faillites bancaires pourraient en résulter, provoquant une nouvelle crise sur les marchés financiers. La contagion, qu'on voulait à tout prix éviter, a déjà commencé. Si les agences de rating ne créent pas ce mécanisme, elles tendent néanmoins à l'amplifier. M. Barnier a raison de demander la réduction de la dépendance, vis-à-vis de ces agences, des institutions comme la BCE, les fonds de pension ou les compagnies d'assurances. Il a également raison de suggérer que les notations ne soient plus prises en compte dans les règles prudentielles et en particulier dans les réglementations européennes. Les propositions récentes, qui vont dans le sens d'une suspension des ratings des pays bénéficiant d'une aide du FMI, ne me paraissent pas pertinentes. Compte tenu des erreurs passées, il me paraît plus utile d'auditer les process des agences de notation, et les moyens dont elles disposent, afin d'améliorer la qualité de leurs analyses. Quant à la création d'une agence de notation européenne, on peut se demander en quoi elle serait plus objective que les autres. Elle ne ferait que renforcer le rôle déjà trop important de ces institutions. C'est pourquoi je privilégie la responsabilisation des acteurs. Mais pour analyser correctement les finances des États, il faut que ceux-ci fournissent des chiffres fiables. Pourquoi ne pas s'inspirer du modèle américain ou suédois ? La création d'une agence similaire au CBO (Congressional Budget Office) américain, qui fournirait des données fiables, et des outils d'analyse de scénario en fonction de variables économiques (taux d'intérêt, chômage, croissance, etc.). Il est crucial d'arrêter rapidement cette contagion.
Philippe Delienne, président et fondateur de ConvictionsAM