Voiture électrique : les prix des métaux nécessaires aux batteries en chute libre

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Unité de production de lithium lancée cette année par la compagnie Rio Tinto qui exploite le site minier de Boron en Californie (Etats-Unis).
Unité de production de lithium lancée cette année par la compagnie Rio Tinto qui exploite le site minier de Boron en Californie (Etats-Unis). (Crédits : Reuters)
CHRONIQUE. Depuis plusieurs mois, l'information d'un risque d'une future pénurie de "métaux rares" et d'une forte dépendance à l'égard de la Chine est reprise sans discernement sur plusieurs canaux d'information, faisant craindre que la production de batteries européennes pour les véhicules électriques en soit pénalisée. Outre qu'il s'agit d'une "fake news" comme en témoigne la chute des prix internationaux des quatre métaux : lithium cobalt, manganèse, nickel. Un conséquence non d'un complot mais plus prosaïquement de l'évolution de l'offre et de la demande. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

Une récente conférence à Kedge Bordeaux était l'occasion de revenir sur la fake-news des « métaux rares », mais aussi de préciser que le désordre entretenu entre les notions de lanthanides (ou terres-rares) et l'expression malheureuse de « métaux rares » ajoutait à la confusion des esprits, notamment dans le monde politique. La dernière illustration en était l'exposé de la députée européenne Karima Delli au forum « Paris City Life 2019 » : fustigeant l'apparente inertie d'industriels de l'automobile, elle était malgré elle victime de cette infox.

Ces canulars, tel un conflit métallique initié par la Chine, ou bien celui de fermetures de mines en dehors de Chine provoquées par Pékin, voire ceux de futurs embargos de métaux ont en effet contaminé le domaine des véhicules électriques. Ils affirment que dans cette industrie les voitures vertes sont porteuses de batteries « rouges » contenant au choix des montagnes de terres rares ou bien des métaux de conflits, mais également que ces batteries seraient non recyclables, et le feuilleton ne s'arrêtera probablement pas là.

Marquer les esprits des consommateurs

Ce concert de fake-news, entretenu par une mystification raboteuse dans le but de marquer les esprits des consommateurs, a provoqué en Europe un important retard de l'industrie des voitures électriques sur l'Asie, alors que dans le même temps les propulsions diesel et essence continuaient de techniquement à progresser vers des moteurs plus propres. Désormais, il est à la mode d'opposer la propreté de l'électrique à la propreté du diesel. Pourtant, ces mesures, parfois datées, sont souvent fondées sur des situations anciennes ne tenant pas compte des progrès dans la production de métaux. Néanmoins, la prochaine directive européenne sur la pollution automobile, qui ira du puits ou de la mine à la roue et jusqu'au recyclage, reconnaitra sans doute que la voiture électrique dégage en moyenne 30 % de CO² de moins que les véhicules classiques.

Naturellement, ce ratio s'améliore lorsque l'électricité consommée est décarbonée comme en France et il se dégrade dans d'autres pays fonctionnant au charbon. L'analyse de la mobilité électrique est donc à géométrie variable et c'est pourquoi d'aucuns pronostiquent que pour moyenner leurs gammes de voitures, les constructeurs multiplieront dans un premier temps les modèles hybrides plutôt que 100 % électriques. C'est pourquoi l'Airbus des batteries, qui vient de se concrétiser avec l'accord de subventions publiques par Bruxelles, devra donc en premier lieu combattre l'imposture des infox qui sont devenues un réel handicap à la mobilité électrique, et seulement ensuite proposer des solutions électriques les moins coûteuses possibles.

Compte tenu de ce passif, il n'est donc pas étonnant que les métaux utilisés dans les batteries des véhicules électriques, dont la demande était annoncée stratosphérique par des esprits corrompus, n'aient pas vue leur offre en hausse rencontrer une demande équipollente.

Chute des prix du lithium

En conséquence, le lithium dont les prix culminaient aux environs de 23. 000 dollars la tonne en 2016 et 2017 est attendu aux environs de 5.000 dollars la tonne début 2020 ; les sites de production non économiques seront fermés et il pourrait être compliqué de les redéployer plus tard.

De son côté, les prix du cobalt qui culminaient à 95. 000 dollars la tonne en 2018 cotent 34. 000 dollars la tonne. Ils ont probablement atteint le fond du puits, car les plus grandes mines du monde réduisent leur production ou sont à l'arrêt, et le premier producteur mondial, Glencore, sous enquête de la justice étatsunienne puis anglaise, est rentré dans un espace de déstabilisation organisée dont certains services de Washington ont le secret. Mais, à la suite de la crise de 2018, la trajectoire de la consommation a divergé vers une substitution et une réduction de la quantité de cobalt consommée. L'ensemble est dynamique et il est donc difficile de prévoir si les prix retrouveront les orbites zénithales du passé.

La consommation de manganèse dans les batteries est insignifiante, inférieure à 3 % de la demande. À la suite d'une hausse des extractions au Ghana, la production mondiale n'était pas rééquilibrée par une réduction de la production sud-africaine qui pourrait faire suite aux pénuries d'électricité dans les exploitations minières de ce pays. En conséquence, après deux très bonnes années en 2017 et 2018, les prix se sont dangereusement affaissés de 9 dollars à 4 dollars en 2019. Ils sont attendus encore plus bas en 2020.

Le marché du nickel n'a pas été exceptionnellement animé en 2019. Après avoir presque doublé à la suite d'une petite spéculation de 6 mois liée aux infox de la voiture électrique et aux inconséquences de consommateurs peu avisés, les prix se sont de nouveau affaissés. Les stocks de métal cachés restent importants, certains ont disparu dans des endroits étranges : des pays du Golfe, des consommateurs chinois, mais aussi chez des investisseurs.

Des batteries sans nickel, voire sans lithium

Toutefois, puisque le nickel est le métal qui devrait le plus profiter de l'essor des nouvelles générations de batteries nickel-manganèse-cobalt, d'aucuns pronostiquent des prix très optimistes. Mais il semble cependant que le passé du métal du diable joue contre lui et que les générations de batterie sans nickel, voire sans lithium aient déjà dépassé le stade du prototype. La question qui se pose au nickel est vétérotestamentaire : doit-il il abandonner un vieil ami, l'acier inoxydable, pour un nouveau compagnon moins fiable, les batteries ?

Chacun le constate, les « métaux rares » n'existent pas. Pour les véhicules électriques, ils sont au contraire abondants s'ils ont été cherchés, découverts, transformés et sont recyclés. Ils deviendraient sensibles si l'une des étapes précédentes était défaillante et qu'il n'y a plus équilibre entre offre et demande, mais cela est généralement de courte durée. Ils seront critiques s'il existe des risques élevés de déficit sans substitution encore connue. Enfin, ils sont stratégiques si l'État les déclare indispensables à l'une de ses politiques, tel l'Airbus des batteries, ou bien à ses missions régaliennes. Dans ce dernier cas éloigné de la géologie, ce n'est pas parce ce qu'ils sont stratégiques que les prix de ces métaux seront élevés, au contraire, à l'image de l'uranium, métal stratégique français , pour autant qu'offre et demande soient à l'équilibre, leurs prix resteront à des niveaux acceptables.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

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Commentaires
a écrit le 18/12/2019 à 1:19 :
le probleme c est que depuis 2 ans ont force la main a jeter des vehicules thermique en bon etat et acheter des voiture electrique qui ne pourront rouler que 5 a 10ans maxi sans gros frais et seront donc en tres grande partie ,non repare donc mis au rebus .
On a mit la charue avant les boeuf .une voiture qui ne fait pas de bruit mais qu il faut rendre bruyante ,un technologie qui se degrade avec le temps c est un peu comme des produit avec obsolescence programme,peut importe ce que tu y fera elle part a la poubelle en maximum 10 ans .Et bien sur l obsolescence programme le cout de remise en etat si les pieces existe encore ,seront si eleve qu elle seront economiquement irreparable.
exactement contre quoi l etat fait semblant de se battre.
a écrit le 17/12/2019 à 9:47 :
"mais plus prosaïquement de l'évolution de l'offre et de la demande"

Le concept naturel complètement déformé par le conservatisme des lobbys, quand on voit comme le cours du brut est totalement manipulé par le secteur.

Ok, vous aimez les voitures électriques, mais comment justifier en ces temps dans lesquels on s'aperçoit que d'acheter un véhicule essence qui a 150000 kilomètres de plus de dix ans est bien plus vertueux que d'en acheter un neuf électrique, le remplacement total du parc automobile et donc jeter forcément une quantité hallucinante de véhicule fonctionnant parfaitement et bons pour la planète svp ?

SI je ne peux pas écrire ce commentaire sans voir un pot de colle vous ne le diffusez pas vous n' l’instrumentalisez pas ou alors c'est 100 balles.
Réponse de le 19/12/2019 à 10:39 :
le retrofit des véhicules thermiques en véhicules électriques va bientôt être autorisé.. plus besoin de tout envoyer à la casse!
Réponse de le 20/12/2019 à 9:45 :
"le retrofit des véhicules thermiques en véhicules électriques va bientôt être autorisé.. plus besoin de tout envoyer à la casse! "

Des promesses, toujours des promesses à savoir de mots en maux.
a écrit le 17/12/2019 à 0:20 :
Les "métaux rares" ne sont pas fake news. Ceux qui championnent en particulier le lithium et le cobalt meconnaissent le fair que la production actuelle de VEs est minuscule en comparison avec la production de plus de 60 M vehicules legers chaque annee pour ne mentionner pas poids lourds, bus, vehicules utilitaires et engins de toutes types, tracteurs etc etc - avant que meme l'industrie maritime qui veut sa part du gateau et les avions! Il a fallu plus de 10 ans depuis 2007 (The Trouble with Lithium) pour doubler la production de lithium carbonate et la Chine a dit en fevrier qu'elle veut seule 4 fois la production globale actuelle totale pour ses propres besoins a l'horizon de 2025! Les prix ont tombes du coup car la Chine a soudainement encore coupe les subventions pour vehicules electriques - non pas pour la premiere fois - c'est un rollercoaster tres irresponsable. Il les ont coupes pour cacher le fait qu'il sera impossible d'augmenter la production du lithium carbonate par 4 a 800.000 tonnes par 2025 - pour ne pas mentionner les besoins de la reste du monde. Cette volatilite des prix est bien previsible quand l'offre est bien inferieur a la demande potentielle mais la demande (offre de VEs) est contraint par l'offre du lithium. Poule et oeuf.
a écrit le 16/12/2019 à 17:00 :
Mais bien sûr, la Commission européenne produit des fake news quand elle souligne la fragilité de la fourniture en métaux rares et la dépendance à l'égard de la Chine, le département géologique des US produit des fake news quand il signale qu'une pénurie généralisée de certains métaux est prévisible d'ici 30 ans, etc.
Le plus grand producteur de fake news est l'auteur de cet article, qui confond court terme, moyen terme et long terme.
a écrit le 16/12/2019 à 14:24 :
Tant mieux si l'o' maitrise les matières rares et la construction avec projet à Douvrin d'une usine avec 2500 emplois on aura gagné l'électrique , le prix va très fortement baisser.

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