Les terres rares ne sont pas rares
Robert Jules
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Une pelleteuse en train d'extraire des terres rares.
Reuters
Robert Jules
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Une pelleteuse en train d'extraire des terres rares.
Reuters
Dans la guerre commerciale et technologique, sur fond d'affaire Huawei, à laquelle se livrent la Chine et les États-Unis, le cas des terres rares occupe une place à part. La crainte que Pékin exerce un chantage sur le reste du monde pour cet ensemble de 17 métaux, indispensables au fonctionnement de nombreux produits high-tech, et surtout d'armes de défense de pointe, est devenue un sujet de prédilection de la géopolitique avec cette équation : qui a les terres rares peut devenir un leader mondial, grâce à la domination technologique.Mais c'est oublier un peu vite la dimension du marché.
En effet, même si la Chine produit aujourd'hui 90 % des terres rares (dont 70 % proviennent d'une seule mine, Bayan Obo, située en Mongolie-Intérieure), elle n'est pas le seul pays à posséder des réserves prouvées. Certes, elle est première et de loin avec des réserves prouvées évaluées à 44 millions de tonnes. Mais le Brésil en a 22 millions de tonnes, la Russie 18 millions de tonnes, l'Inde 6,9 millions de tonnes, l'Australie 3,4 millions de tonnes, le Groenland 1,5 million de tonnes, et les États-Unis 1,4 million de tonnes, un volume qui équivaut à... 140 années de la consommation annuelle actuelle de l'Oncle Sam.
À lire également
En outre, il faut revenir en arrière pour comprendre comment la Chine a acquis son leadership, qui n'est pas lié directement aux réserves mais à l'exploitation minière de ces terres qui a un coût élevé. On oublie que les États-Unis furent pendant des décennies (1960-1990) le principal fournisseur mondial de terres rares, pratiquement avec une seule mine, Mountain Pass, située en Californie. Si ce gisement américain a finalement fermé en 2002, ce n'est pas dû à son épuisement mais à sa perte de rentabilité, en raison de l'exploitation chinoise - le coût de la main d'oeuvre minière y est plus faible, et les compagnies peuvent produire à perte - qui a fait chuter les cours, et d'une législation environnementale californienne qui a renchéri ses coûts d'exploitation.
Robert Jules