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OpinionsGénération peur de rien

Les ophtalmos lui font les yeux doux

Olivier Mirguet

Publié le 21 décembre 2015 à 10:34 - Mis à jour le 28 décembre 2015 à 10:01

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Dispensée de levée de fonds grâce à un contrat financé par la Fondation Bill Gates, Insimo, jeune société strasbourgeoise, peut devenir championne de la simulation pédagogique en chirurgie.

Nés sous une bonne étoile. En 2013, quand Jérémie Allard et ses anciens collègues, chercheurs en simulation médicale, ont créé leur entreprise, Insimo, ils ne se doutaient pas de l'intérêt de la fondation de Bill Gates pour les techniques innovantes de formation des chirurgiens dans l'opération de la cataracte. Bingo ! Depuis sept ans, dans leurs laboratoires de l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) à Lille, les fondateurs d'Insimo avaient élaboré un module numérique simulant l'oeil humain, adapté à l'apprentissage en ophtalmologie.

Retenue dans un appel d'offres en groupement avec l'industriel américain Moog, l'entreprise, présidée par Jérémie Allard, est devenue fournisseur du programme HelpMeSee, par lequel Bill Gates entend éradiquer la cécité par cataracte (opacification du cristallin) sur le continent africain d'ici à 2030. « Selon l'OMS, il y aurait plus de 20 millions de personnes aveugles à cause de la cataracte. La formation des chirurgiens qui pourraient les opérer est trop longue », rapporte Jérémie Allard. La Fondation Bill Gates cherche donc un moyen pour les former très rapidement au geste qui consiste à remplacer la lentille naturelle sans endommager les tissus de l'oeil. La solution, c'est la simulation : Insimo fournit le modèle numérique de l'oeil humain, mais aussi la copie des outils, comme le Crescent Knife, scalpel d'ophtalmologie qui permet d'exécuter des incisions très fines, de l'ordre de 0,3 millimètre.

Le simulateur, de la taille d'une petite commode, a été peaufiné à Strasbourg, où Insimo a finalement établi son quartier général. Il dispose de deux bras articulés, avec lesquels le chirurgien manipule ses outils, et offre une vue en trois dimensions sur un oeil virtuel. Le modèle mathématique mis au point par Insimo simule aussi la déformation des tissus et leur résistance, variables en fonction de l'âge du patient. L'entraînement du chirurgien peut être répété à l'infini : c'est une aubaine, surtout dans les pays où l'apprentissage sur des cadavres est limité, voire interdit.

2 millions d'euros de chiffre d'affaires

« J'ai réussi à prouver que nous étions les seuls au monde à pouvoir satisfaire les besoins de cette formation », affirme sans fausse modestie Jérémie Allard. Résultat : deux millions d'euros de chiffre d'affaires en deux ans, dont un million déjà affecté en réserves dans la comptabilité de la jeune entreprise !

« Faire fortune n'est pas ma motivation première », reconnaît Jérémie Allard, qui réfute toute précipitation à l'évocation des prochaines étapes du développement de son entreprise. La levée de fonds de 300 000 à 500 000 euros, prévue dans le business plan initial, est remise à plus tard... La situation d'Insimo, dont la croissance (16 salariés) s'est autofinancée depuis 2013, est déjà enviable. Une vingtaine d'automates, assemblés dans une usine aux Pays-Bas, ont établi la preuve de concept et le robot sera prêt à faire ses classes en Inde et en Chine, en 2016. « La simulation change complètement la donne dans la formation des chirurgiens, qui vont effectuer 95 % de leur cursus de formation sur ce support numérique », prévoit Stéphane Cotin, cofondateur d'Insimo.

Quand ce premier contrat arrivera à terme, à la mi-2016, la société devra trouver un levier de croissance. « Nous souhaitons mener plusieurs projets de front, ne plus dépendre d'un grand contrat monolithique », propose Jérémie Allard. D'autres besoins de formation ont été identifiés, sur d'autres pathologies et avec de nouveaux organes à modéliser, comme la rétine ou l'estomac.

Un modèle à définir

L'équipe travaille aussi en phase exploratoire sur un simulateur de foetus. Insimo envisage déjà un modèle pour le développement à bas coût de toutes sortes de simulateurs pour former les chirurgiens.

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« On est encore à 80.000 euros minimum pour un robot », reconnaît Jérémie Allard. « C'est acceptable pour les hôpitaux mais beaucoup trop cher pour des étudiants en médecine ou les cliniciens à titre individuel. »

Passer du rang de prestataire à celui d'industriel ? Le modèle économique reste à définir pour les prochaines années. « Une croissance financée sur une levée de fonds ne sera pertinente que si nous pouvons initier nos propres projets », prévient Jérémie Allard.

« Je n'ai que 35 ans et je suis fan de défis. Nos technologies sont les mêmes que dans les jeux vidéo ou les simulateurs de conception assistée par ordinateur », observe-t-il. Mais pourquoi devenir un généraliste, quand on maîtrise déjà une spécialité ? Depuis deux ans à Strasbourg, cet informaticien a été adopté par le monde médical. Et il s'y sent bien. Jacques Marescaux, chirurgien féru de robotique et président de l'Institut de recherche contre le cancer de l'appareil digestif (Ircad), a mis 100 mètres carrés de bureaux à sa disposition. En juin, l'écosystème alsacien dans les technologies médicales (MedTech) a obtenu la labellisation French Tech, prometteuse d'actions collectives dans cette spécialité. La communauté numérique, qui trouve chez Insimo des salaires à l'embauche entre 25 000 et 40 000 euros, apprécie. « Il est important de travailler sur le site de l'hôpital, à proximité des chirurgiens. C'est ce qui nous distingue des simples SSII informatiques », reconnaît Jérémie Allard. La jeune pousse va encore grandir.
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- Où le rencontrer ? Dans les réunions de la French Tech en Alsace : dans la région, ce label se limite au secteur médical. Dans les locaux de l'Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif (Strasbourg), où sa société est en incubation.

- Comment l'aborder ? Via Linkedin, Twitter, par mail.

- À éviter ! "L'approximation dans toutes les approches techniques." D'après son ancien patron, Stéphane Cottin, "on est tous comme ça, à l'Inria".

Olivier Mirguet

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