Tonjé Bakang, l'as de la vidéo ethnique

 |   |  1036  mots
Tonjé Bakang, fondateur d'Afrostream
Tonjé Bakang, fondateur d'Afrostream (Crédits : DR)
À 35 ans, le touche-à-tout du monde du spectacle lance Afrostream, une plate-forme de VOD par abonnement, avec des programmes dont les vedettes sont des descendants d'Africains.

La certitude que le marché de la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) de contenu africain a du potentiel nourrit les ambitions de Tonjé Bakang. À 35 ans, le président de la startup Afrostream a développé, avec son associé Ludovic Bostral, ancien de M6 Web, le projet du même nom de plateforme de SVOD. Consacré

« aux films et aux séries mettant en scène des personnages principaux descendants d'Africains », le service Afrostream a été lancé le 1er septembre. L'entrepreneur parisien d'origine camerounaise rêve déjà de voir sa marque de divertissement devenir la plateforme numéro un en Europe francophone et en Afrique, voire la principale offre familiale de SVOD dans certains foyers. Pour ce touche-à-tout du monde du spectacle, militant de la diversité, l'objectif de 50 000 abonnés à l'horizon 2016, dont 10 000 en Afrique, est réalisable.

Disponible en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, la plateforme démarre avec plus de cinq cents heures de programmes, dont des documentaires, des concerts et des dessins animés. Elle promet dix mille heures de contenus prémium en 2016.

Pour tenir ces objectifs et conquérir un marché finalement encore peu occupé, Tonjé Bakang vient de passer trois mois dans la Silicon Valley. Sa startup, un pied à Nantes et l'autre à New York, a besoin de capitaux, 300 000 euros au minimum. L'entrepreneur a été sélectionné pour suivre le très prisé programme d'accélération de Y Combinator, qui a précédemment accompagné des jeunes pousses comme Airbnb et Algolia. Faute d'avoir trouvé des financiers français, il espère boucler prochainement une levée de fonds auprès d'investisseurs américains.

« Afrostream a été incubée chez The Family à Paris et est lauréate de l'Orange Fab 2015. Mais notre projet n'a pas convaincu les investisseurs français, peu versés dans la nouvelle économie du divertissement, regrette le jeune patron. Chez Y Combinator, j'ai rencontré des patrons et ingénieurs de startups spécialisées dans l'Internet des fonds d'investissement, des business angels. Le projet et ses ambitions à l'international sont pris au sérieux. »

Avant la Grande-Bretagne, visée à l'horizon du printemps 2016, et d'autres pays d'Afrique, d'Europe, mais aussi le Brésil et le Canada d'ici à 2020, Afrostream consolide sa base à partir des pays francophones. Depuis mars, la marque est présente en France, avec une vitrine VOD de 120 films accessibles via le portail MYTF1. Avant son lancement, l'offre de SVOD, coeur d'activité de la startup, a aussi fait le buzz sur Facebook (77 000 « likes ») et Twitter (3 300 abonnés). Afrostream a installé une relation personnalisée avec les abonnés potentiels pour les inciter à souscrire de façon anticipée à l'un des deux forfaits annuels (59,99 euros et 99,99 euros). Fin août, l'entreprise revendiquait 2 000 abonnés et un chiffre d'affaires de 90 000 euros. Ces premières recettes lui permettent de financer ses acquisitions de programmes.

« C'est le signe d'une attente chez les internautes ciblés par Afrostream, les 18-34 ans notamment, assure Tonjé Bakang. Les abonnés souscrivent à une vision, se projettent dans un univers où les personnages sont présentés dans un contexte valorisant, loin des clichés et des stéréotypes. Afrostream a vocation à proposer une ambiance agréable et des contenus différents. »

Éviter l'incompréhension de soi-même

Pour l'entrepreneur, la création de cette plateforme à vocation ethnique s'inscrit dans la logique d'une quête artistique témoigna nt des multiples facettes de la culture africaine. « Enfant, j'ai longtemps cherché à la télévision des modèles auxquels m'identifier. L'inaccessibilité à sa propre culture mène à une sorte d'incompréhension de soi-même », confie-t-il.

Ses études secondaires à l'École alsacienne derrière lui, ce fan de séries et d'émissions américaines veut faire bouger les lignes. Il s'oriente vers le monde du spectacle et se forme aux divers métiers de la chaîne artistique. D'abord comédien, puis réalisateur de clips, il devient auteur, producteur et découvreur de talents. En juin 2005, Tonjé Bakang lance de jeunes comiques de scène (Thomas N'Gijol, Fabrice Éboué, Patson, Amelle Chahbi), au Réservoir Club de Bastille, puis au théâtre du Splendid. Ce concept d'humour urbain inspirera le Jamel Comedy Club diffusé sur Canal+.

En 2007, après un passage dans une société de production de télévision, Tonjé Bakang devient directeur de production et conseiller artistique sur des pièces de boulevard comme Couscous aux lardons ou Le Temps des fonctionnaires

(Les Productions du rire). En janvier 2010, il est directeur et producteur exécutif du Théâtre Montorgueil. En 2013, sa réflexion sur un projet de SVOD ethnique prend une tournure opérationnelle après sa rencontre avec Ludovic Bostral. Le profil « tech » de ce dernier complète l'expérience du contenu de Tonjé Bakang. « Le public va découvrir la modernité des contenus africains qui n'ont rien à envier aux productions européennes », ajoute l'entrepreneur, qui entend aussi maîtriser l'ensemble de la chaîne, de la production à la distribution du contenu en ligne, et demain sur les Box. Pour pallier l'absence de productions africaines en France et en Europe, le créateur s'oriente déjà vers la production originale. Le seuil de rentabilité d'Afrostream est évalué à 30 000 abonnés.

______

MODE D'EMPLOI

- Où le rencontrer ? Dans ses bureaux de Nantes et, provisoirement, à Digibos, une société spécialisée dans la stratégie de mise en ligne des vidéos créée par Ludovic Bostral. Ou à New York, du côté de Brooklyn.

- Comment l'aborder ? Par l'envoi d'un email très court, car c'est un acharné du travail.

- À éviter ! Les « déjeuners d'affaires à grosses notes de frais et les voyages en première classe ».

______

TIME LINE

  • Novembre 1980 Naissance à Paris.
  • Décembre 2004 Réalisateur d'un premier clip vidéo.
  • 2005 Il lance un plateau de comiques de scène.
  • 2006-2007 Travaille à la direction artistique à ALP et comme réalisateur à Trace TV.
  • 2008-2009 Directeur de production aux Productions du rire.
  • 2010-2013 Directeur et producteur exécutif du Théâtre Montorgueil.
  • Mars 2015 Lancement d'une vitrine VOD sur MyTF1.
  • 2015 1er septembre : lancement de la plateforme de SVOD Afrostream.
  • 2016-2017 Afrostream franchit le seuil de rentabilité et compte 50 000 abonnés, dont 10 000 en Afrique.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :