Veolia, le retour des « noyaux durs »

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Le ballon d'essai du parachutage de Jean-Louis Borloo chez Veolia a éclaté comme une baudruche. La confusion ainsi entretenue entre les intérêts privés et les intérêts politiques a conduit François Hollande a dénoncer en Nicolas Sarkozy le "candidat des conseils d'administration"...

L'affaire Veolia tombe bien mal pour Nicolas Sarkozy, candidat autoproclamé du "peuple" contre les "élites". Révélé ce lundi par "Les Echos" et "Libération", le possible parachutage de Jean-Louis Borloo, l'homme qui voulut être président, à la tête de Veolia Environnement entre en totale contradiction avec la belle histoire que l'on tentait de nous faire avaler sur l'Etat impartial. François Hollande s'en est aussitôt emparé pour dénoncer en Nicolas Sarkozy le "candidat des conseils d'administration".

Bien que démentis par tous les intéressés, les détails croquignolesques de cette histoire symbolique des dysfonctionnements persistants du capitalisme à la française sonnent trop vrais pour être inventés. Avec pour acteurs Henri Proglio, qui a tout fait pour tenter de conserver une double casquette de président d'EDF et de Veolia, au point de choquer l'establishment patronal au nom des bons principes de la gouvernance d'entreprise, et Alain Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy, la manoeuvre consistant à débarquer aussi brutalement Antoine Frérot de la présidence de l'ancienne Générale des Eaux a fait long feu. Trop visible, elle ne pouvait qu'échouer lamentablement.

Comment, alors que Nicolas Sarkozy a passé le week-end à durcir le ton de la campagne contre François Hollande, ces hommes intelligents ont-ils pu penser qu'un pareil coup de force pourrait passer à deux mois de l'élection présidentielle ? A quel degré de panique doit-on en être à la tête de l'Etat pour donner ainsi l'impression de vouloir sécuriser les meilleurs postes ? Dans la perspective d'une défaite annoncée ? Pour se préparer des points de chute en prévision d'une probable chasse aux "amis" du président ? Parce qu'elle entretient la confusion entre les intérêts publics et privés, l'affaire oblige à se poser de telles questions.

Le candidat Sarkozy s'en serait sans doute bien passé. "Gardez moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge". Cautionner de la sorte la promotion d'un ancien ministre à la tête de l'un des leaders mondiaux des services aux collectivités locales ressemble à un mauvais gag. Le marché ne s'y est d'ailleurs pas trompé, sanctionnant lourdement l'action Veolia hier. La question n'est pas tant de savoir si Jean-Louis Borloo est ou non compétent pour ce poste. Ancien avocat d'affaires, proche de Bernard Tapie, l'homme a du charisme et du leadership et une vraie dimension internationale. Ce qu'il a fait pour sa ville de Valenciennes reste dans les mémoires comme un bon exemple de "retournement" local réussi. Et après tout, même un ancien ministre a droit à une nouvelle vie, et pourquoi pas dans le monde de l'entreprise. 

La France souffre d'un manque de fluidité et de mobilité entre la vie politique et celle des affaires. Aux Etats-Unis, on n'a pas de telles hypocrisies. Et que dire de l'ancien Chancelier allemand Gerardt Schröder, parti "pantoufler" chez Gazprom, un modèle dit-on pour Nicolas Sarkozy qui ne rêverait que de "faire de l'argent" une fois tournée la page de la politique. Pourquoi pas en effet, et pourquoi s'en offusquer ? 

Ce qui choque, en la matière, c'est le timing et la manière. Le timing entretient une confusion avec le calendrier de l'élection présidentielle et la manière donne le sentiment, vrai ou faux, que le pouvoir intervient dans la gouvernance d'une entreprise privée qui a formidablement réussi à l'international, mais qui traverse une passe difficile. Et qui est le principal responsable de ces difficultés, sinon Henri Proglio, l'ancien président, qui n'apprécie pas de voir son successeur nettoyer les comptes à la paille de fer. C'est pourtant bien ce qui est nécessaire pour que Veolia se désendette et retrouve le chemin de la croissance. Antoine Frérot n'est peut être pas le meilleur pilote, c'est au conseil d'administration d'en juger, mais la manière employée pour le débarquer est plutôt de nature à le renforcer.

A moins que derrière toute cette manipulation, Jean-Louis Borloo ne soit qu'un homme de paille, qui cache un autre vrai candidat : Augustin de Romanet, le directeur général de la CDC, non reconduit à son poste par Nicolas Sarkozy, alors qu'il a plutôt bien dirigé l'institution ? Jacques Veyrat, le candidat d'Alain MInc ? Une chose est claire : à la veille de la présidentielle, les grandes manoeuvres commencent dans le capitalisme français. C'est que la crise n'est pas tendre non plus pour les patrons. Carrefour en est déjà à son troisième depuis l'arrivée du tandem Arnault-Colony dans son capital. Beaucoup d'actionnaires s'impatientent et veulent récupérer leur mise. Il est néanmoins peu probable que ce soit par cette pitoyable tentative de putsch, qui rappelle furieusement la constitution des noyaux durs dans les entreprises privatisées par Edouard Balladur, que les actionnaires de Veolia seront mieux traités à l'avenir...

pmabille@latribune.fr

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Commentaires
a écrit le 20/02/2012 à 20:41 :
capitalisme d'état ............ est ce encore du capitalisme ?

Avec sa cohorte de corruption et de gaspillage jamais réprimés

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