Crise du Covid-19 : le rendez-vous manqué de l'Union européenne ?

CHRONIQUE. Que vont faire les pays membres de la zone euro face aux dettes qui s'accumulent? Plusieurs solutions ont été avancées mais aucune n'emporte l'adhésion.
Réunion du Conseil européen.
Réunion du Conseil européen. (Crédits : Yves Herman)

Les pays européens semblent sortir du confinement comme ils y sont rentrés : en ordre dispersé. Sans grande coordination, chaque Etat suit sa stratégie, chaque pays compte ses morts, chaque gouvernement gère ses propres insuffisances. En France, le pouvoir s'irrite des comparaisons peu flatteuses avec l'Allemagne. Dans ce contexte incertain, la crise économique à venir nourrit les angoisses des peuples. Et le scepticisme à l'égard de l'union européenne s'envole. En Italie, un sondage souligne que 55 % des personnes interrogées seraient désormais favorables à sortir de l'UE et/ou de l'euro. Au point que début avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dû présenter ses excuses à l'Italie sur la gestion de la crise, en reconnaissant « qu'aujourd'hui, l'Europe se mobilise aux côtés de l'Italie. Mais (que) cela n'a pas toujours été le cas ».

Un fonds de relance européen à l'étude

Ces excuses ne suffiront pas. La semaine dernière, peu de temps avant le dernier conseil européen, le président Macron rappelait justement que l'Europe politique était « à un moment de vérité ». Certes, les institutions européennes ont très rapidement assoupli leurs règles et directives budgétaires sur les aides d'Etat, permettant ainsi aux Etats membres de soutenir leurs économies et systèmes de santé autant que nécessaire ; par ailleurs, les chefs d'Etat et de gouvernement ont convenu de travailler à l'établissement d'un fonds de relance européen pour consolider les perspectives économiques des Etats membres.

Mais ces dispositions ne suffiront pas à contenir l'ouragan à venir. « Un rendez-vous manqué avec l'histoire », jugeait mardi l'économiste Shahin Vallée, dans The Guardian. Dans sa tribune, cet ancien conseiller d'Emmanuel Macron à Bercy souligne que la crise du Covid-19 révèle le défaut fatal de l'Union européenne : le manque de solidarité. On le voit d'ailleurs dans les dernières discussions sur la dette, et de son éventuelle mutualisation. Les pays « du Nord », Allemagne et Pays-Bas en tête, rechignent à s'engager dans une telle voie. De fait, les dirigeants européens butent encore et toujours sur le sujet de la dette, et ont repoussé le règlement de ces questions à plus tard... Mais est-il encore temps d'attendre ?

Le principe de la "dette perpétuelle" écarté

La proposition de l'Espagne d'émettre une « dette perpétuelle » pour financer l'effort de reconstruction n'a pas été retenue, malgré le soutien de l'Italie, et dans une moindre mesure de la France, alors que cette idée séduit de plus en plus, transcendant les clivages. Des personnalités aussi diverses que George Soros, Alain Minc, Guy Verhostadt, ou Jean-Luc Mélenchon s'y sont ralliés, à quelques nuances près il est vrai. Même le Financial Times en a fait « la meilleure idée mise sur la table parmi toutes les propositions avancées ». Ce mécanisme permettrait de lever d'importantes sommes d'argent qui pourraient ne jamais être remboursées. Dans ce cadre, l'emprunteur s'engage à payer des intérêts annuels ad vitam æternam et renvoie aux calendes grecques le remboursement du prêt initial. Madrid proposait de financer par ce moyen un fonds de relance européen de 1.500 milliards d'euros.

Bien évidemment, vu d'Allemagne, cet instrument de dette commun apporte peu d'avantages immédiats, comme l'Etat allemand peut actuellement s'endetter jusqu'à trente ans à taux négatifs... Pour autant, à moyen terme, l'Allemagne survivra-t-elle à une éventuelle explosion de la zone euro ? Outre-Rhin, le débat semble avoir évolué. Début avril, l'influent Der Spiegel, jugeait ainsi que « l'Allemagne manque de solidarité, se montre mesquine et lâche ».

Annulation pure et simple

En attendant que le débat mûrisse entre Européens sur la mutualisation, d'autres économistes vont plus loin et défendent une annulation pure et simple de la dette rachetée par la Banque centrale européenne (BCE). D'autres soutiennent un financement monétaire direct des Etats par les banques centrales. L'économiste Jézabel Couppey-Soubeyran plaide ainsi pour une « monétisation de la dépense publique ». Au Royaume-Uni, dans une ère post-Brexit, un tabou est d'ailleurs tombé : la banque centrale du pays finance désormais directement certaines dépenses de l'Etat. Cette création monétaire n'est pourtant pas inédite. Elle avait été utilisée pendant la crise de 2008.

Dans ce contexte, la question de l'indépendance - véritable dogme de l'euro zone - de la BCE pourrait être de nouveau mise sur la table. Dans une récente tribune, Dominique Strauss-Kahn, l'ancien patron du FMI, qui appelle de ses vœux une « réponse budgétaire mutualisée afin de ne pas mettre en péril la soutenabilité de la dette des pays les plus fragiles », n'hésite pas à remettre en avant cette idée : « C'est également un enjeu politique : la BCE ne pourra pas longtemps mutualiser les dettes par le truchement des opérations de marché sans qu'un soutien politique explicite se manifeste (...) Le choix s'énonce donc simplement, il faut rompre l'un ou l'autre de ces deux tabous : l'indépendance de la banque centrale ou l'unanimité des États membres ». C'est en tout cas à ce prix que l'Union européenne survivra.

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Commentaires 27
à écrit le 01/05/2020 à 18:51
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Quitter l'UE est tout bonnement impossible tant que l'on est incapable de sortir de l'endettement permanent. Les taux d'intêrét nous tueraient. On n'est pas assez fort pour lutter seul.

le 02/05/2020 à 10:57
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Bonjour, On pourrait peut être commencer par un audit, juste pour savoir à qui profite réellement la dette, ce serait un début. Après, doit-on la payer et jusqu'où ? Voir "Et si on arrêtait de payer" Olivier Bonfond Ed; aden. Ensuite, sortir de ce...

à écrit le 01/05/2020 à 11:13
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L'Europe est elle prête à s'associer aux américains, anglais, australiens, et peut-être d'autres, pour exiger des comptes et demander des réparations financières aux chinois ? M'étonnerait ! Elle ne jure que par les lois du marché, la concurrence li...

le 02/05/2020 à 11:40
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L'UE s'est révélée beaucoup trop légère pour demander queque compte que ce soit. La seule certitude qui émerge des événements est une immense incertitude sur l'avenir et le chemin qu'il faut suivre pour nous y conduire avec le moins de pertes possib...

le 03/05/2020 à 16:12
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Le patient '0' en France est un des militaires qui a procédé au rapatriement des français présents à Wuhan. La présence du covid en France est donc grandement due à l'incompétence de ceux qui ont autorisé ce rapatriement (ainsi que le match de Lyon c...

à écrit le 01/05/2020 à 10:28
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la copine ursula de merkel a fait ce que merkel lui a demandé. et stop. l europe est allemande et basta. cette europe il faut la détruire. ce n est pas celle de Monet delors kohl....solidarité rythme avec intérêt allemand.

le 02/05/2020 à 10:58
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C'est pas faux. Il n'y a que le freluquet qui ne voit rien.

à écrit le 01/05/2020 à 10:00
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l'UE a raté beaucoup de rendez vous , ces 10 dernières années, peut être trop. On a raté l'Europe sociale, l'intégration démocratiques des pays de l'Est, la politique extérieure commune (et la défense qui va avec), la gestion de l'immigration, la ...

le 01/05/2020 à 10:48
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Rectifications : 1) le projet politique européen n'a jamais été social, bien au contraire (directive Bolkenstein, directives de privatisations des services publics, et tout particulièrement des services sociaux et médicaux, la France à elle-seule f...

le 03/05/2020 à 13:48
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La promesse de 'UE était la convergence des niveaux de vie. Avec l'élargissement à l'est le projet à changé. Il est temps de réformer l'UE pour qu'elle revienne aux bases ou meure.

à écrit le 01/05/2020 à 9:20
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Comment une entité comme la commission européenne qui dirige l'UE peut fonctionner avec une horde de fonctionnaire qui sont complètement déconnecté de la réalité. Ils ne savent rien gérer, ni la crise de la dette, ni la crise des réfugiés, ni la cri...

le 01/05/2020 à 10:36
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Il faudra surtout faire éclater l'UE et retrouver notre pleine souveraineté. Mais avec un idéologue mondialiste à notre tête c'est pas gagné !

à écrit le 30/04/2020 à 17:17
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L'Union Européenne n'est qu'une administration qui n'a pour rôle que d'uniformiser la zone et non d'améliorer l'existant! Son "arme" c'est la dérogation temporaire sous condition d'accepter des pénalités!

à écrit le 30/04/2020 à 16:49
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Je voudrais simplement rajouter quelques précisions. La France n'a jamais voulu vraiment d'union politique sur un mode fédéral mais plutôt une union dictée par l'Allemagne et la France. Jamais le pouvoir politique français n'a réellement proposé un s...

le 30/04/2020 à 20:51
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La France a explosé sa souveraineté par le traité de Lisbonne, pfuit, parti avec la démocratie, évaporé . L' Ue est un espace antidémocratique qui est une propriété US et qui s' est bâtie contre la volonté des peuples européens...

à écrit le 30/04/2020 à 15:50
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Elle a démontré une fois de plus que a par un marché unique elle n'est et elle ne sera rien d'autre

à écrit le 30/04/2020 à 15:50
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Elle a démontré une fois de plus que a par un marché unique elle n'est et elle ne sera rien d'autre

à écrit le 30/04/2020 à 14:30
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Les risques de confrontation directe entre tous ces petits peuples européens ne sont jamais bien loin. Heureusement que l'Europe morale nous sauve au bout du bout.

le 30/04/2020 à 15:21
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Pourriez vous définir l'Europe morale s'il vous plaît ?

le 30/04/2020 à 15:34
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Ll' Europe morale! coincée dans l' UE des 27 commissaires non élus qui font la pluie et le beau temps dans l' UE/US ..? "Qui gouverne la France et l'Europe? - Version Intégrale - François ASSELINEAU" On en reparle ?

le 01/05/2020 à 17:29
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" 27 commissaires non élus" Oui et 27 exclusivement de droite,ce qui n'était jamais arrivé.

à écrit le 30/04/2020 à 14:01
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l'UE va emprunter sur son nom et ne paiera que les intérêts en repoussant le paiement du principal à 50 ou 100 ans, ce qui équivaut à la saint glinglin. C'est la seule façon de s'en sortir sans se déclarer en faillite. Or l'UE est too big to fail...

à écrit le 30/04/2020 à 13:14
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En effet, il n'y a plus d'Europe depuis mi mars...merci à tous ceux qui depuis longtemps traînent les pieds de l'intégration politique France en tête.

le 30/04/2020 à 15:19
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Parce que du côté des pays de l'est chez les anciens communistes, ils sont pour l'intégration politique européenne peut-être ? On les a sortis du fond de la m... à coup de milliards et je ne suis pas convaincu que les européens de l'ouest (hors Al...

à écrit le 30/04/2020 à 12:31
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"Que vont faire les pays membres de la zone euro face aux dettes qui s'accumulent?" Hypothéquer les organes vitaux des citoyens européens, il n'y a pas d'alternative !

le 30/04/2020 à 16:19
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Rien,car il n'y a rien à faire,on laisse les dettes grossir et on prie pour qu'un jour on puissent les payer avec l'exploitation d'autres peuple ou planète du système solaire.. (avec les ressources qui vont avec) autant dire qu'on a le temps et que l...

le 30/04/2020 à 17:22
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Et on utilise ses médias pour abrutir les gens de sorte de faire passer les couleuvres toujours plus grosses. Au secours.

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