La philosophie est-elle un remède en temps de Covid-19?
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Statue de Socrates à Athènes.
Reuters
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Statue de Socrates à Athènes.
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Durant la pandémie, les scientifiques et les praticiens de la médecine ont occupé le devant de la scène médiatique. Certains philosophes ont toutefois réussi à dire tout le mal qu'ils pensaient de cette prise de pouvoir. Ainsi, Bernard-Henri Lévy affirmait, péremptoire, en plein mois d'août : "Il n'y a pas de deuxième vague" et "ceux qui l'affirment n'en savent rien".
Cette propension à avoir un avis sur tout sujet énerve Mr Phi, jeune philosophe youtubeur aux 228.000 abonnés, qui enchaîne les arguments comme Bruce Lee les coups de karaté. L'une de ses vidéos a fait le buzz - plus de 430.000 vues - sur les réseaux sociaux. Elle explique sans détour "Pourquoi les philosophes médiatiques disent de la merde". Outre Lévy, Mr Phi épingle les affirmations péremptoires de Michel Onfray et André Comte-Sponville sur la pandémie. Au-delà du contexte sanitaire, d'où vient cette place de choix accordée depuis des années à la philosophie dans les médias (1), le management ou encore le développement personnel ?
En soi, rien de répréhensible aux yeux de Mr Phi, du moment que ces positions sont prises en avançant des arguments et des faits. Or, selon lui, le philosophe qui a réponse à tout poursuit cet exercice de la philosophie scolaire qu'est la dissertation, dont Claude Lévi-Strauss disait dans ses célèbres « Tristes tropiques » qu'elle relevait d'« exercices verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion » ou d'une « gymnastique dont les dangers sont pourtant manifestes ». Bref, la rhétorique permet de parler de tout brillamment mais souvent superficiellement.
Or "la propension à fasciner et à soulever l'enthousiasme n'est pas nécessairement un gage de la qualité de l'argumentation", rappelle Mr Phi, alias Thibaut Giraud, dans ses "Curiosités philosophiques" (éd. Seuil). Cet ouvrage propose une histoire de la philosophie qui ne se focalise pas sur un exposé des doctrines mais se concentre plutôt sur des problèmes précis soulevés par les grands penseurs, de Platon à Wittgenstein et Bertrand Russell en passant par Descartes ou le trop méconnu John Locke : par exemple, le paradoxal discours anti-écriture, une réhabilitation des travaux de biologie d'Aristote ou encore le statut de la masturbation dans la morale chez Kant. L'ouvrage est clair, sans jargon, sérieux mais non dénué d'humour, faisant de l'ouvrage une excellente initiation à la pensée.