Taux négatifs : une malédiction économique ?
Michel Santi
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Les entreprises ne payant pas les intérêts de leur dette sont un peu comme ces étudiants ne passant jamais d'examen : elles vivotent tant bien que mal sans accomplissement ni réussite notables. Le niveau actuel des taux devrait promouvoir l'investissement car les marges des entreprises sont d'autant plus appréciables que le coût en capital, lui, est négligeable. Les projets même les moins rentables devraient en effet être explorés dans un tel contexte car l'infime service de la dette est censé encourager prises de risque et entreprenariat. Pourtant, la période de taux d'intérêt excessivement bas qui dure depuis de longues années semble affecter négativement le monde de l'entreprise et de la consommation qui réagit à rebours de la théorie - et du bon sens - économiques.
Dans un tel contexte, la théorie économique comportementale est précieuse pour étudier l'attitude de toute la chaîne des intervenants, comme ces patrons d'entreprise qui se reposent sur leurs lauriers, voire qui se ramollissent, tandis qu'un environnement de taux d'intérêt plus élevés les aurait contraint de restructurer et de rationnaliser. Les investisseurs, pour leur part, ont tendance à ne pas être sélectifs quand le loyer de l'argent est modique et ont donc une tendance accrue à placer leurs deniers dans certaines entreprises peu viables, monopolisant ainsi de précieuses ressources qu'il aurait été nettement plus judicieux d'allouer à d'autres.
Les institutions financières - dont les marges se retrouvent extraordinairement comprimées du fait des taux nuls exacerbant leur fragilité intrinsèque - tombent également dans le panneau en ayant tendance à accorder des prêts, et même à inonder de crédits, jusqu'aux débiteurs les moins solvables. Il s'agit donc bel et bien d'une sorte de « zombification » des intervenants économiques qui se retrouve ainsi favorisée, voire ardemment promue, en premier lieu et au premier chef par le système bancaire qui maintient sous respiration artificielle nombre d'entreprises peu productives qui, à leur tour, ont tendance à soutenir d'autres maillons de la chaîne peu viables.
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