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Hollande et le piège des classes moyennes

Ivan Best, éditorialiste à La Tribune

Publié le 12 janvier 2012 à 09:46 - Mis à jour le 12 janvier 2012 à 09:47

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04 juin 2026

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Sauf à augmenter le déficit public, toute réforme fiscale de gauche, favorisant les Français les plus modestes, frappe nécessairement une partie des classes moyennes. François Hollande, en campagne, ne peut l'assumer et doit donc réviser les projets du PS, sous peine de s'aliéner une grande partie de l'électorat.

Et pourtant, François Hollande était averti. Fort de la mauvaise expérience de la campagne de 2007, quand il avait déclaré qu'il "n'aimait pas les riches", à savoir les Français gagnant plus de 4.000 euros par mois, ce qui lui avait valu de lourdes critiques au sein même du PS, le candidat socialiste s'était toujours montré, depuis, d'une prudence extrême sur ces sujets sensibles. On a pu le voir, l'été dernier, pendant la campagne des primaires, faire preuve devant la presse d'un art consommé du contournement pour ne jamais prononcer l'expression "hausse d'impôt". C'est pourtant bien ce que prévoit le projet socialiste, qui table sur 50 milliards d'euros "d'annulations de dépenses fiscales de la droite", ce qui revient à augmenter d'autant les prélèvements obligatoires, par rapport à la situation actuelle. Un chiffrage qui n'a jamais été remis en cause depuis par l'équipe Hollande.

Pourquoi alors laisser ses proches confirmer la suppression du quotient familial (ce système qui allège l'impôt des familles, suivant le nombre de parts), provoquant une vive polémique et contraignant le candidat PS à une mise au point sur la défensive ? Cette "décision" a été prise, en fait, dès le printemps dernier, par les concepteurs du projet socialiste. Interrogé alors sur la réforme fiscale et la fusion IR-CSG, Michel Sapin, l'un des rédacteurs du projet, se montrait sans ambiguïté : pas question d'individualiser l'impôt, comme Martine Aubry l'avait un temps défendu, mais le quotient familial disparaîtra, lui. Ce qu'il a confirmé en début d'année au journal "Les Échos". Cette volonté de transparence peut être louée. Mais était-il de bonne politique d'annoncer ainsi une partie de la réforme fiscale, sans que sa cohérence globale et surtout son impact soient présentés ?

Assurément, le PS n'avait pas prévu que Bercy évaluerait l'effet de la suppression du quotient, mettant en lumière l'impact massif sur de nombreux foyers fiscaux. Le ministère de l'Économie a notamment travaillé sur l'hypothèse retenue depuis le printemps par le PS : aucune économie réalisée sur la politique familiale, comme l'a confirmé mardi François Hollande. Le système de quotient, qui procure un allégement fiscal d'autant plus grand que le revenu du foyer est important (tout de même plafonné à 2.385 euros par demi-part), serait remplacé par un crédit d'impôt forfaitaire, attribué pour chaque enfant.

Selon Bercy, 4,5 millions de foyers verraient leur impôt augmenter (d'une moyenne de 931 euros), tandis que près de 5 millions, les moins aisés, seraient gagnants (de 829 euros en moyenne).

La plupart des familles se situant parmi les 40 % les plus aisées verraient en fait leur facture fiscale augmenter. François Hollande ne peut évidemment pas dire qu'il cible là les riches... Voilà pourquoi il a ajusté, mardi, son projet : "Moduler le quotient familial pour qu'il puisse être plus juste pour l'ensemble des familles, pour les plus modestes, qui ne le touchent pas, pour les classes moyennes qui devront avoir un avantage plus élevé et un peu moins pour les familles très favorisées."

On retrouve là l'esprit de la "révolution fiscale "préconisée début 2011 par l'économiste Thomas Piketty. Thèse générale : en augmentant l'impôt des 2 à 3 % de foyers les plus riches, il est possible de financer une réforme favorable ou neutre pour 97 % de la population, au profit, surtout, des plus modestes. Le hic, c'est que, comme l'ont montré notamment des experts membres du groupe des Gracques (hauts fonctionnaires de centre gauche), ce résultat est sujet à caution. Entre autres, parce que l'économiste a intégré dans ces calculs, comme le fait la comptabilité nationale, des "revenus de loyers fictifs", comme si les propriétaires de leur logement percevaient un revenu correspondant au loyer qu'ils évitent de payer.

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En réalité, chacun en a l'intuition, un alourdissement de la fiscalité des 2 % de Français les plus riches ne peut financer un pouvoir d'achat supplémentaire pour le reste de la population. Une réforme fiscale à prélèvements obligatoires constants - sans accroissement du déficit -, visant à accroître le revenu des plus modestes, présente nécessairement un impact négatif pour une frange non négligeable de la population. Même si seuls 10 % des foyers étaient ainsi impactés, le thème de "l'assassinat des classes moyennes" serait relancé. Rappelons qu'il suffit de disposer d'un salaire net mensuel supérieur à 4.000 euros par mois pour se situer parmi les 10 % de rémunérations salariales les plus élevées...

4.000 euros, cela paraît beaucoup au fin fond du Massif central, mais non à Paris, où se forge l'opinion.

Ivan Best, éditorialiste à La Tribune

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