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Menace sur la compétitivité : en Chine, à l'Est ou à l'Ouest ?

Vincent Champain, économiste et animateur de l'Observatoire du Long Terme

Publié le 14 mars 2012 à 12:50 - Mis à jour le 14 mars 2012 à 13:39

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Une analyse chiffrée des effets de la TVA sociale sur la compétitivité de notre industrie. Au-delà du choix de la TVA comme mode de financement, la baisse ciblée des charges est une mesure nécessaire ... mais pas forcément suffisante !

La « TVA sociale » lie une baisse ciblée des prélèvements, et son financement par la TVA. La première est une mesure de compétitivité, alors que la second est un choix de financement parmi d'autres. Si l'on se focalise sur le premier problème, celui de la compétitivité, on peut noter trois paradoxes : l'impact de cette mesure sur le coût du travail est pertinent, même s'il est limité ; elle joue moins sur la concurrence des pays à très bas coûts, mais ceux-ci seront, de plus en plus, davantage européens qu'asiatiques ; l'utilité de cette mesure fait peu de doute, mais il est également certain que d'autres facteurs de compétitivité mériteraient d'être renforcés.

La baisse de charge joue davantage sur la concurrence des pays européens les plus avancés

Le graphique suivant montre le coût du travail horaire en Europe en 2008 (dernière date connue) selon Eurostat. La France est apparaît en tête des pays qui disposent d'une base industrielle forte (Allemagne, UK, Italie). La TVA sociale y a un impact : pour un salaire de l'ordre de 2 SMIC, elle réduit le coût de 5 points, ce qui fait passer le coût français après le coût allemand.

Comme le montre le graphique, ce n'est pas considérable si on le rapporte à l'ensemble du coût, mais l'impact est là. Il s'accompagne d'un « effet signal »: pour les projets sur lesquels France et Allemagne présentent un écosystème comparable, la France sera désormais mieux placée.

La concurrence avec les pays à bas coûts est d'une nature différente

Si l'on ajoute à la comparaison les pays à bas coûts (graphique ci-après), l'impact de la TVA sociale est beaucoup plus négligeable. L'écart de compétitivité avec des pays tels que la Chine se réglera avant tout par une convergence des salaires, plus avancée d'ailleurs que beaucoup ne le pensent : le salaire de base d'un ouvrier Foxconn en Chine (qui réalise notamment l'assemblage des Iphones) est comparable à celui des pays d'Europe de l'Est les moins coûteux.

Si l'on extrapole à horizon 2025 et même 2035 (cf graphique ci-après) l'écart d'évolution des salaires constatée entre l'ouvrier de Foxconn et la France, on voit que l'écart de coût devrait se réduire très significativement dans la génération à venir. Autrement dit, nos enfants devraient connaître des relocalisations !

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La compétitivité coût est un enjeu qu'on ne peut écarter, mais évidemment pas le seul

Comme indiqué sur le graphique précédent, le taux de prélèvements pesant sur le travail reste en France dans la moyenne haute, avec un double effet : une distorsion défavorable à l'activité (le coût du travail étant l'une des plus mauvaises assiettes pour faire porter des prélèvements, en raison des effets sur l'emploi, notamment pour les bas salaires) ; une perte de compétitivité. Pour la plupart de ses activités/produits, la France est en concurrence avec des pays comparables, et les augmentations de coûts se traduisent par moins d'activité dans les secteurs en concurrence. Et parmi ces coûts, les salaires, les taxes et la simplicité de l'environnement réglementaire (lourdeur et prévisibilité des règles notamment fiscales ou sociale) sont les plus regardés, car ils sont à la fois les plus visibles, et ceux dont les investisseurs savent qu'ils sont les plus susceptibles d'évoluer d'un pays à l'autre.

En revanche, il est également vrai que la compétitivité hors coûts joue également, notamment dans les secteurs innovants, ou ceux qui peuvent éviter la concurrence frontale sur les coûts, notamment parce qu'ils sont capitalistiques (dans une partie de l'industrie, le coût du travail n'est pas le premier facteur de coût), ou parce qu'ils reposent sur de la propriété intellectuelle ou un savoir-faire difficile à dupliquer (cf graphique ci-dessous).

Sur quels facteurs agir en priorité ? La réponse dépasse le cadre de cet article mais : les facteurs qui peuvent être améliorés à coût faible ou nul (simplicité, stabilité des régles, ...) sont évidemment à privilégier ; parmi les facteurs qui coûtent, ceux dont le taux de rendement est très positif viennent ensuite (meilleure adéquation filières d'enseignement / besoins, formations qualifiantes, ...) ; le coût du travail vient probablement ensuite, surtout si la mesure revient à passer d'une assiette fiscale «salaires» à une autre assiette moins « nocive » en matière d'emploi...

Autrement dit, la baisse ciblée des charges était une mesure nécessaire ... mais pas forcément suffisante !

Vincent Champain, économiste et animateur de l'Observatoire du Long Terme

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