« Recyclage et réemploi : des enjeux de souveraineté industrielle et écologique »

Jean-François Carenco
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Jean-François Carenco
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Par Jean-François Carenco, Président délégué de FEDERREC, la Fédération des Entreprises du Recyclage, du Réemploi et de l’Économie Circulaire et ancien ministre délégué chargé des Outre-mer (*)
La transition écologique est encore trop souvent abordée sous le seul prisme de la contrainte : réduction des émissions de CO2, sobriété, limitation de la consommation. Pourtant, un autre enjeu est devenu central : notre capacité à préserver les ressources nécessaires au fonctionnement de notre économie et de notre industrie.
Dans ce contexte, le recyclage et le réemploi ne constituent plus simplement des politiques environnementales parmi d’autres. Ils deviennent des leviers stratégiques au service de notre compétitivité, de notre résilience économique et de notre souveraineté.
Car derrière l’économie circulaire se joue désormais une bataille industrielle. Les tensions géopolitiques, la dépendance européenne à certaines matières premières critiques et la fragilité des chaînes d’approvisionnement ont révélé les limites de nos modèles. Produire davantage à partir de matières recyclées, réemployer plutôt que jeter, mieux valoriser les déchets : ces enjeux concernent autant l’économie que l’écologie.
Chaque tonne recyclée permet de limiter l’extraction de ressources vierges, de réduire des dépendances extérieures et de préserver des capacités industrielles sur le territoire européen. Dans plusieurs secteurs, les matières premières issues du recyclage ne sont déjà plus des alternatives : elles sont devenues des ressources stratégiques.
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L’économie circulaire représente également une opportunité majeure de développement. Le recyclage et le réemploi soutiennent des emplois durables et non délocalisables, participent au maintien d’activités économiques dans les territoires et favorisent l’émergence de nouvelles filières industrielles. Ils contribuent aussi à préserver des savoir-faire et des capacités de production dans des zones parfois éloignées des grands pôles économiques.
Pourtant, malgré les ambitions affichées depuis plusieurs années, les obstacles restent nombreux. Les entreprises du secteur évoluent dans un environnement réglementaire souvent complexe, parfois incohérent, qui ralentit les investissements et fragilise la compétitivité européenne.
L’Union européenne impose des standards environnementaux élevés à ses industriels tout en important parfois des produits ou matériaux qui ne respectent pas les mêmes exigences. Cette asymétrie crée une concurrence déséquilibrée et pénalise les acteurs engagés dans la transition écologique.
De la même manière, certaines réglementations continuent de considérer des matières pourtant recyclées comme des déchets, limitant leur circulation et leur réutilisation industrielle. À l’heure où l’Europe cherche à sécuriser son accès aux ressources, cette logique mérite d’être profondément repensée.
La question de la responsabilité élargie des producteurs (REP) illustre également les limites du modèle actuel. Ce cadre a permis de structurer plusieurs filières de collecte et de recyclage. Mais à mesure que les matières recyclées deviennent stratégiques, une approche uniquement administrative ou financière ne suffit plus. Les acteurs du recyclage et du réemploi doivent être pleinement associés aux décisions qui structurent les filières et orientent les investissements.
Aujourd’hui, le recyclage dépasse largement le seul sujet de la gestion des déchets. Il devient indispensable de construire une véritable vision industrielle de l’économie circulaire, capable d’aligner producteurs, industriels et recycleurs autour d’objectifs communs de compétitivité, d’innovation et de sécurisation des approvisionnements.
Cette transformation suppose une coopération plus étroite entre entreprises, collectivités, associations et pouvoirs publics. Elle nécessite aussi un cadre plus lisible, plus stable et davantage tourné vers l’investissement et l’innovation.
La France dispose d’atouts majeurs pour devenir l’un des moteurs européens de cette évolution. Mais l’économie circulaire ne peut plus être considérée comme un simple supplément écologique. Le recyclage est désormais une politique industrielle à part entière et une condition de notre compétitivité future.
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(*) Jean-François Carenco, ancien ministre et haut fonctionnaire, est président de Coallia depuis 2017 (opérateur national en matière d'asile, d'urgence sociale et médico-sociale) et administrateur de la Fondation Coallia Stéphane Hessel. Il est commandeur de la Légion d’honneur et grand officier de l’Ordre national du Mérite. Jean-François Carenco effectue sa scolarité au lycée Thiers de Marseille. Diplômé d'HEC en 1974, il obtient une licence de droit et intègre l'ENA en 1977 (promotion Michel de L'Hospital). Il débute sa carrière en 1979 comme conseiller au tribunal administratif de Marseille, avant d’être nommé directeur général du District de Montpellier en 1983. En 1988, il est envoyé en Nouvelle-Calédonie, d’abord comme secrétaire général adjoint pour les affaires économiques, puis comme secrétaire général en 1990. Il entre ensuite dans le corps préfectoral : secrétaire général de la préfecture des Yvelines (1991-1996), préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon (1996-1997), préfet du Tarn-et-Garonne (1997-1999), préfet de la Guadeloupe (1999-2002) puis préfet de la Haute-Savoie (2002- 2004). En 2004, il rejoint le cabinet de Jean-Louis Borloo comme directeur de cabinet au ministère de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, puis au ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement. Il reprend ensuite des fonctions préfectorales : préfet de Haute Normandie et de Seine-Maritime (2006-2007), préfet de Midi-Pyrénées et de Haute-Garonne (2007-2008). En 2008, il retrouve Jean-Louis Borloo comme directeur de cabinet au ministère d’État de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer. Après le départ de ce dernier du gouvernement, il devient préfet de la région Rhône-Alpes et du Rhône (2010- 2015), puis préfet de la région Île-de-France (2015-2017). En 2017, il est nommé président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), poste qu’il occupe jusqu’en 2022. En juin 2017, il devient président de Coallia. Du 4 juillet 2022 au 20 juillet 2023, il est ministre délégué chargé des Outre-mer dans le gouvernement Borne, sous la présidence d'Emmanuel Macron. En 2022, Il a rejoint Zalis en tant qu’Administrateur, Conseiller du Président. En 2023, il devient président de la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec).
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